12 septembre 2009
le peu de charpente qui reste
La douleur est un cristal qui s'étiole
dans l'hiver du corps
qui se ramasse et affole le chemin des mots
Joindre les mains dans des doigts disparus
en une nuit de mai
Une chambre agrippée aux portes du soir
quand le vent se pendait aux rideaux
la fatalité d'être encore en vie sous le drap
où les démons s'agitent et qu'ils mordent
à la fibre
Se mouvoir en dehors de soi
quand un courant d'air traverse
le peu de charpente qui reste
dans un éclat de verre
Souffrir ses mots pour faire cesser le crissement des
os
Offrir ces maux pour payer son pain
11 septembre 2009
La nuit
Maintenant c'est la nuit
improbable et nécessaire
à la conversion des images
les enfants nous devancent
lorsqu'ils courent la littérature
ils ne statuent pas ils dansent 10
sautillent et pensent à cloche pied
ce sont de gros mangeurs de temps
on les croit rassasiés
ils entament en un laps de temps
des campagnes de récits
maintenant qu'il fait nuit
ils veulent qu'on leur conte
ils le veulent maintenant
ils le veulent tout de suite
02 septembre 2009
brouille temporelle
Le temps emporte tout, allié et adversaire. Tour à tour. Le temps est nuageux
comme le cœur même et surtout quand ça cogne. La tête n'est pas toujours un bon toit. L'ami n'est pas toujours là. Le frère l'a-t-il été? Un voleur du passé détale dans les camps des souvenirs en fuite, le
présent tonne, l'avenir recule. Le passé est contraint de coucher sous un toit de fortune. Tremblant d'étoiles. Las de chercher un abri, il s'allonge amer, dans
les pissenlits, fauchés. Le passé ne se recycle pas aussi bien que les déchets. Un engrais pour le présent. Pauvres
reflets d'avenir qui n'appartiennent plus à personne. Le passé se courbe sur lui-même. Il a perdu plusieurs centimètres
d'illusion. Mais il lui est refusé le droit au désespoir, il lui est refusé le droit
de se plaindre : c'est son rôle de
garantir l'avenir coûte que coûte, quel qu'en soit le prix. Le présent a le droit de se retourner,
pas lui : il est passé et ne ramènera plus rien, ou peut-être des souvenirs de pissenlits et pour le reste, qu'il se débrouille.
Hommes de demain soufflez sur les
charbons...
12 août 2009
Les mots brassent des histoires
ils sont parmi
s'ils venaient à être oubliés
dans
un angle qui ne meurtrit jamais
qu'on ne peut plus nommer
obtus
un angle invérifiable
un angle mort
un feu les rendra à une nouvelle condition
parmi
07 août 2009
Divagations
Je regarde les mots
Qui sont des bibliothèques
De ma terrasse une fenêtre
entre deux eucalyptus
me permet de regarder
la montagne à deux cornes
Godard est peut-être le seul
à se moquer du cadrage
Un mètre soixante-dix
c'est peu
à l'échelle du soleil
Le dogme de l'immaculée conception
a été institué par l'Eglise en 1854
Deux ans après Flaubert publiait
Madame Bovary
Les dates délimitent un cadre historique
Une pierre encadrée est pur fétiche
La peinture moderne
a voulu s'affranchir
du cadre
lieu fixé par l'aliénation
03 août 2009
Drôle de gris
Gris
masse, gris à plat tristement aigris, gris du trop boire, gris taché d'un gris
arriéré, gris barbouillé de débris de gris rejetés par un vent plus vieux, gris
de cordage gorgé de sel saupoudrant un gris ponton aux lattes craquelées, gris
miroir de la mémoire qui fléchit, gris en aplomb d'une carrière de granite,
gris vestibule encombré de particules écrasant la matière, gris occultant d'une
occulte soutane, frères gris aux paroles dégrisantes, gris de l'indifférence,
gris de la tempérance inerte, gris de l'indicible milieu...
22 juillet 2009
journée 1
journée de cartons
mâchures du temps
dans la chambre aux volets fermés
rien devant juste hachures de lumière
trop vive
livres ouverts d'où s'échappent des phrases
bouche d'incendie
flamme montante comme le soleil
chaleur du cœur en panne
journée à contre volets
16 juillet 2009
Quand la doxa dit vrai
Belmonte apprit à toréer « à la sauvette », importunant les marais andalous où
pâturait la lune, prenant d’assaut les troupeaux en faisant des tours de
passe-passe pour ne pas se faire repérer par des vigiles bien montés. Ce vagabond
des terreurs nocturnes défiait la corne sans se soucier des visiteurs. Devinant
le danger de l’ombre qui dansait sur le sol, il apprit à toréer à l’arrachée,
serrant les dents, la faim trouant ses talons qui ne bougeaient pas d'un iota,
économisant chacun de ses gestes par nécessité : ses jambes lui refusaient,
paraît-il, leurs services et ne le portaient que par la grâce d’être né matador.
Belmonte n’a pas démenti cette rumeur sans doute parce qu’elle devait l’amuser et qu'il y voyait une sorte de vérité ontologique. Ce qui est pour le moins assuré, c’est qu’il toréait sur un socle, tout comme
Israel Galvan, imperturbable dans la tempête de ses frappes sur le sol,
ramassé sur lui-même, bandé comme un arc, dans une immobilité
magique.
09 juillet 2009
Pointe sèche
Pointe
curvée sur une mèche de cheveux
séche
et souple ondulant sur la plaque
des
sillons aux doigts de charrue
plante
le décor du visage à venir
un
miroir en regard répond à l'intrus
trait
par trait l'insousciance au sourire
ensoleille
une feuille griffée entre deux feux
l'oeil
grave fouille chaque détail le plus vague
où
pourtant se concentre le signe du génie
qui
retranscrit à la vitesse de la glace
son
portrait juvénile sur du cuivre verni
En écho au texte de P.P. sur le corps... dansant
Se tenir droit dans l'humilité du corps et
lui demander dans la seconde qui suit
l'impossible
tension
où les muscles se tordent
où le corps n'est plus que crampe
creusant le sol sous la poésie des pieds
sous la ponctuation intrépide des bras
jetés par dessus bord par dessus corps
la tête renversée renversante
retenue par une queue de cheval
balayant poussières et étoiles
d'un coup sec
claquement d'un fouet
qu'on entend venir de ce cou
aux frêles vertèbres
et lui demander dans la seconde qui suit
de se reprendre et de se ressaisir
dans une toute nouvelle respiration...