13 septembre 2009
Piet Mondrian : le père de l'Absraction
Piet Mondrian rencontre Cézanne, Matisse et Picasso à l'occasion de son séjour à Paris. La peinture avait déjà "mis à plat" le monde sur la toile. Le cubisme "analyse" le volume et l'"étale" sur la surface de la toile. C'est une magistrale leçon de peinture. De la pure analyse...en peinture. L'espace cubiste est au comble du volume. L'objet est déplié sous tous ses angles, toutes ses coutures : face, profil nous sont donnés immédiatement en même temps. C'est un tableau synoptique instantané rendu possible par un "divisionnisme" des corps, des objets... Dans cette restauration totale de la forme par le trait qui fait voler en éclats les volumes, les désintègre entièrement en d'innombrables fragments, l'espace sursaturé de volumes devient alors irrespirable. Là où le Cubisme rêvait d'échapper à l'impasse du Pointillisme, le voilà lui aussi au bord de l'apoplexie, tuant l'impression vive par un excès d'analyse. Le Cubisme réussit cependant le tour de force de soustraire les objets de l'espace : les objets ne sont plus "dans" l'espace, n'accordant à ce dernier le loisir du vide. Si la nature a horreur du vide, le Cubisme y a remédié. L'espace réceptacle disparaît, et les choses ne peuvent plus se cacher. La face cachée des choses est exhibée là, comme ça, sous prétexte qu'il faut tout voir, in extenso, partes extra partes, sans fausse pudeur. Et les portraits de Picasso réalisés pendant cette période se donnent et de profil et de face, simultanément. L'espace anéanti, il faut faire revivre de l'espace... Piet Mondrian s'absente du "paysage" hollandais dont il vient, il se jette dans de nouvelles expérimentations, après ces premières Impressions encore rattachées à la réalité extérieure, une grille apparaît sur la toile du peintre, qui est aussi une grille de lecture et dans laquelle Mondrian s’efforce d’inscrire toutes les figures : on serait tenté d'y voir une nouvelle rhétorique picturale, car dès 1913, ses premières toiles abstraites ou Compositions "signent" la disparition du paysage, "condensent" la totalité de sa recherche plastique sur l’opposition des éléments et la combinaison des notations géométriques subordonnées à la création du fameux motif (Jetée et océan, 1915 ; Composition, 1916). En 1917, Composition avec lignes noires, consacre sa recherche sur l'abstraction, c'est sans doute de cette série, la toile la plus aboutie. Ces nouvelles formes ne sont plus représentatives de quoi que ce soit, ne représente plus rien d'objectif mais donnent le sentiment de se former d'elles-mêmes. C'est le début de l'art Informel ou de l'Abstraction où la "figure" naît de la composition quasi géométrique de plages de couleurs. La grille noire joue encore le rôle analytique du trait cubiste souvent forcé chez Picasso, pour jouer sur les valeurs de tons et donner de la profondeur quand la perspective s'est trouvée bannie de l'"espace" Cubiste. Compositions de 1917 à 1921, dans un désordre...chronologique. Mondrian n'a de cesse ensuite de travailler (sur) la couleur, de réaliser des essais de superpositions et de lignes (Composition avec plan de couleur A et B et Compositions avec plan de couleur en 1917) : il imagine ainsi une structure linéaire prenant en charge toute l'organisation de l'espace (Composition : plan de couleur avec lignes grises, 1918), qui le conduit de 1918 à 1919 à la grille modulaire all-over (neuf toiles en témoignent). Il poursuit cette aventure de la couleur et du trait linéaire jusqu'en 1944, la fin de sa vie. Composition VII, de Kandinsky : " la forme est l’expression extérieure du contenu intérieur " écrit le peintre en 1911, dans la revue Le cavalier bleu à laquelle Mondrian participe à cette même date.
09 juillet 2009
Kandinsky : une caresse des couleurs
Quel village est cela auquel mon souffle
s’accroche quel village aux toits roses aux fenêtres pudiques quel souffle
dont les mouvements s'enlacent comme des bras jusqu’à l’obscur des prairies
remontant là où le presque se mêle à la chose vois les rondeurs
le vent de la main les crée sable de l'esprit qui s’étend sur le tableau passe à travers les collines vois le passage d’un bord à l’autre du jaune ou bleu du rose au gris vois combien de caresses scellées à la roche il faudra déployer sur la peau de tes souvenirs pour peindre ce village
06 juillet 2009
Kandinsky... avant-goût de l'exposition à Beaubourg et Jalel El Gharbi et sa "grammaire des couleurs"
Le peintre est installé sur sa montagne ocre jaune
pelure de fruit tachée de soleils rouges
le haut se déverse vers le bas
par un conduit d'eau qui enfle rivières et fleuves
harmonieux et sauvages
des marins dansent au-dessus de l'atelier de mesures
géométrie des nuances, géométrie mystique
en ocre, bleu et rouge...
Je vous invite à lire deux textes d'une très belle facture comme on le dirait d'un tableau sur "l'arithmétique" des couleurs" signés Jalel El Gharbi, dans mes liens, précieux.
Erratum: j'aivais écrit "grammaire" en lieu et place d'"arithmétique"...
J'eus aimé que mon travail plastique fût à la "hauteur" de ces textes percutants.
Merci Jalel de nous les offrir sur la toile...
29 mai 2009
Vidéo montage
14 mai 2009
Philippe Lejeune nous parle
Une vidéo sur Philippe Lejeune exécutant un portrait de Valérie sous nos yeux. L'oeil écoute et l'ouie voit...
http://www.dailymotion.com/video/x1i665_portrait-de-valerie-1_creation
09 décembre 2008
Correspondre assidûment
Correspondances de Vincent Van Gogh
"Correspondre assidûment"- que peut signifier cette invitation lapidaire de Vincent Van Gogh un 13 décembre de 1872, sinon l'annonce de cet échange épistolaire qui a nourri et soutenu le travail d'un forcené de la lumière invisible dans l'apparence des choses mêmes. Plus de huit cents documents ont pu être conservés grâce à l'indéfectible soutien de son frère Théo.
Van Gogh laboure la feuille où il dépose ses phrases comme il sème ses couleurs saturées qui crient l'irrespirable. "Correspondre assidûment" car le temps presse semble-t-il pour le peintre que le ciel de Provence n'a pas conquis. On comprend, dès lors, que la correspondance échappe au seul échange , la peinture s'y insinue et se fait obsédante sous la plume de Van Gogh. Il y était souvent question de l'état misérable de sa condition, de son désespoir, de son manque incurable de moyens "pour donner à manger" de ses propres mots à sa peinture. Faire correspondance avec les mots serait donc à prendre dans le double sens du mot comme adresse à et conformité à. Cet extrait de lettre comme tant d'autres en témoigne : " au-dessus des toits de tuiles rouges passe un vol de colombes blanches, entre les cheminées noires et fumantes. Derrière, une surface infinie de vert fin, moelleux, des kilomètres et des kilomètres de plat pays, de pâturages et un ciel gris - aussi calme, aussi paisible que Corot et Van Goyen". Des kilomètres de mots traversent la campagne pour se rendre jusqu'à Théo, des kilomètres de couleurs moelleuses et crues se répandent sur le paysage de la toile. Qui sait si, sans ces confidences faites à Théo, sans les encouragement répétés de Théo, Van gogh aurait-il eu la force de peindre tout simplement. Ce regard de Van Gogh sans complaisance aucune sur le monde qui l'entoure est son éloquence.
Correspondances donc en forme de confidences où se préparent l'exécution de ses toiles qu'il ne prend en considération que dans et à travers ces adresses faites à Théo. "Ce n'est qu'ici qu'il se considère comme un être capable de créer des valeurs effectives, utiles." dira un commentateur dont je ne me souviens plus le nom.
07 décembre 2008
La montagne bleue
Le regard s'assied dans les toiles de Matisse
il y fait une sieste en rouge et noir,
se réveille lavé de ses angoisses diurnes,
étonnement calme et presque quiet ;
à peine sorti de ses rêves feutrés
le monde le convoque à sa table
il sait qu'ailleurs il se passe tout autre chose
il se cogne au bleu d'un gemme métallique
il tente de dévaler la pente jusqu'à l'Estaque,
en contrebas, le peintre vient juste d'accoucher
d'une montagne en fusion "d'un feu sans matière"
partout de l'air, de l'air et cette douceur bleue
Cézanne a devant lui l'éternité .
06 décembre 2008
L'atelier d'Alberto
Chairs émondées dans la forêt austère de l’atelier. Doigts dans le déluge des scories : on ne verra plus les veines à la surface des corps, la chair se sera retirée. Les voiles gris de poussières cachent des stalactites qui inclinent l’échine. L’atelier est un musée de linceuls dressés. Annette aura déposé quelques fleurs que l’obscurité verra. Aucun artifice ne détourne le regard d’Alberto, l’atelier n’est habité que par ces stèles, lui, se fait tout petit, derrière ses grandes paumes… La tête, d’abord, apportera la main, et la main, un large pied pour marcher dans les forêts épineuses de l’enfance de pins. Il fait noir du soir au matin et c’est bien ainsi, ses mains y voient plus clair. Des questions reculent, des réponses avancent, un peu. Il fait si noir. Il faudra encore attendre un jour ou deux avant que les corps prennent la route. Pour l’instant, elles dorment sous leur drap humide. Seul Alberto saura quand il pourra les réveiller pour les faire entrer dans une autre nuit… une nuit sous un vrai ciel et non plus un plafond pétrifié.
09 novembre 2008
Le lit volant de Frida Khalo
En furetant sur des blogs indirectement amis, ou qui plus exactement figurent dans les liens d'amis, je n'ai pas résisté à recopier ce poème mis en ligne par le blog Bris de mots sur Frida Khalo dont on avait fêté l'an dernier "les 100 ans ", si bien sûr, cette grande dame de la peinture avait survécu. Ce fut pour moi l'occasion de montrer toute une série d'autoportraits dont le sublime, pour certains, se disputaient à l'inquiétant. Ce poème exprime cela très bien.
LE LIT VOLANT DE FRIDA KHALO
En ce simulacre d'horizon
où commencent
et finissent mes jours,
au-delà de la barre d'inox
et des tuyaux qui m'entourent
je choisis les tons de rouge
sanguin qui traversent
le bleu plus intense
du plumage d'un oiseau exotique.
Cette odeur forte des peintures
couvre celle de mon corps,
qui a cessé de m'appartenir
pour entrer dans le miroir coupant
du plafond que je fixe
sur le bord du tableau
où je provoque le noir
de mes sourcils
et l'épaisseur des nuances
Mes seins
qui sont restés sains et saufs
dans le frottement des plaques
se transforment en dahlias
énormes couleur de lait
et les monstres reculent inertes
entre les robes blanches
et roses et les fleurs du Mexique
allumées dans mes yeux.
Inês Lourenço, A enganosa respiração da manhã, le souffle trompeur du matin, trad. du portugais par Huguette Rotheval Rodrigues.
11 octobre 2008
De Staël : La musique du silence
De Staël : La musique du silence, celle vers laquelle tout musicien tend. De
Staël n'aimait pas seulement la musique, il peignait "en musique" : Les Musiciens, souvenir de Sydney Bechet (1953), Les Indes galantes
(1953) ne sont que des prétextes pour jouer à la manière d'un Webern, sur un
mode atonal. Cette toile d'un "Pierrot lunaire" signe
l'avant-dernière scène d'un théâtre en trois actes. Un premier acte en
rouge et noir, ce rouge impérial et en péril d'où "se
détachent" encore la masse sombre d’un piano et à l'extrémité un ocre
jaune, plutôt une terre de Sienne brûlée pour figurer une contrebasse
parfaitement droite (faisant contrepoids au piano) , entre les deux se joue une
tragédie antique avec un chœur sans visage faisant voler en éclats
pupitres et partitions dans un blanc gris diaphane qui annonce le dernier acte
: le silence. La scène a été désertée depuis longtemps, des siècles sans doute,
sur les ruines d'Agrigente, par toute présence humaine, les instrumentistes
ont définitivement quitté cette scène-là, ils ne reviendront pas, le silence
est tombé comme le rideau rouge au dernier acte, en silence.
Dans La Peinture cubiste, Jean Paulhan souligne qu’en anglais, "natures mortes" porte le nom de “silences”, temps suspendu à l'arrêt, main inerte au-dessus du clavier que l'on devine dans ce dernier concert qui n'aura " lieu" qu'en dehors de la toile, depuis une fenêtre happée par le silence.


