30 juillet 2009
Merce Cunnigham à la rencontre du hasard
Merce Cunningham, dans la lignée de Martha Graham, vient de nous quitter à l'âge de 90 ans. S'il n'y a de jeu que temporel et de figure que spatiale, la danse, définie comme «jeu des figures», ne peut être qu'«articulation de l'espace et du temps», entrecroisement de la plastique («art des figures dans l'espace») et de la musique («art du jeu des sensations dans le temps»). Cunningham fut le premier à avoir compté avec le hasard, à nous mettre en face de la question du "désoeuvrement chorégraphique" au sens où en parle Frédéric Pouillade, pour dire la fragilité ou "la puissance de l'impouvoir" de chaque création. Le vers Mallarméen, "un coup de dés jamais n'abolira le hasard", trouve chez Cunningham un écho dansant. Ainsi expliquait-il son parti pris théorique : «Plutôt que de tâtonner en assemblant les choses et de s'estimer au final insatisfait, il vaut mieux s'en remettre au hasard. En plus, c'est un moyen de faire apparaître des combinaisons auxquelles on n'aurait pas pensé. En fait, je crois que le hasard rend les idées plus claires et ouvre l'imagination». Nombreuses de ses créations métaphorisent des parties de dés par cette manière si particulière et qui lui était propre de conduire les phrases de danse, de faire entrer ses danseurs en scène, d'introduire la musique séquentielle. Sa collaboration avec John Cage l'a conduit à user de procédés aléatoires donnant lieu à de nouvelles combinaisons et coordinations de mouvements, avec ce souci constant de vouloir s'affranchir de tout : de la musique, de la psychologie et de tout espace par avance déterminé. Peut-on parler de work in progress en danse? Si oui, alors c'est du côté de Merce Cunningham qu'il faut regarder.
@suivre
18 juillet 2009
A voix nue, pieds nus, mains nues...tabula rasa
14 juillet 2009
Pina Busch ; aurevoir et merci
13 juillet 2009
Galvan : la circulation des langages
"Los
recientes estudios sobre la tauromaquia de Goya quieren presentar a está como
un trabajo antitaurino. El Goya ilustrado estaría retratando la barbarie que el
pueblo español empezaba a llamar fiesta. Otras interpretaciones sitúan a Goya
apostando por la reforma de las fiestas de toros, en la línea de otros
ilustrados, puesto que no hay que olvidar que las reformas de espectáculos de
Jovellanos, gran amigo del pintor aragonés, son las que posibilitaron que
apareciera el arte de la tauromaquia tal y como hoy lo conocemos. No hay que
olvidar que los toros, como el flamenco, no es más que un arte que nace durante
el siglo XIX en el seno de la ciudad moderna."
Pour Israel Galvan, le monde s'est dérobé, tout à conquérir ou à reconquérir. Dans une entière solitude. Le danseur a décidé de reconquérir le monde à bras le corps, d'y faire face à main nue, débarrassé de tout effet, cuerpo limpio et dont la traduction dit : exposé, nu. Combat féroce qu'il livre avec son ombre, avec l'ombre comme le dernier Goya devant l'espace de sa toile. Dans un échange de feu sans lyrisme où tout semble se consumer. Jusqu'à l'espace lui-même réduit à un cercueil ouvert. Naissance de la tragédie ou tragédie de la renaissance pour ce danseur qui a pris le risque de rompre avec la tradition, de "remonter" jusqu'à ses origines. «Dansant au-dessus du risque» comme il le dit lui-même, dans une prise de risque perpétuelle, cuerpo limpio, à corps découvert comme le faisait un Belmonte descendant dans l'arène. Sans muleta pour distraire le taureau. Le corps à corps porté au regard qui jamais ne quitte l'autre. Ceux qui toréent cuerpo limpio le savent : il y va du taureau comme d'eux-mêmes. Il y va du taureau et du torero comme de deux adversaires-partenaires qui se respectent parce qu'ils savent que l'un des deux doit mourir. Comme dans certaines danses nuptiales après l'étreinte amoureuse. Eros danse avec thanatos. Il dit cette tension presqu'insoutenable du corps concentré et tendu à l'extrême et dont chaque geste nous semble un éclat surgi de l'obscur d'un rêve. La frappe des pieds électrocute le sol, le fait exploser dans une irrésistible synchronie. "Extase de proies mises à mort" remontant jusqu'au ventre que les a ingérées. Ce "danseur des solitudes" faisant tourner l'ombre et la lumière l'une autour de l'autre, fait aussi gronder le geste jusqu'à l'exténuer, templar : le geste s'immobilise, s'interrompt dans l'inachèvement de la figure qui n'aurait rien gagné. Dans l'arrêt quelque chose se poursuit hors le geste, l'énergie précisément qu'il a fallu pour le retenir par cet arrêt brutal, cette suspension. Ce qui fut interrompu apporte un surcroît de vie. Ce qui se déporte de vagues en vagues se sait libre de décider de l'instant pour toréer. Picasso ne disait-il pas que la corne imaginaire du taureau devait se faire aiguillon de la pensée, telle une incitation à remettre au chantier le travail nécessairement inachevé du sens. Cette liberté tout aussi imaginaire nous porte à nous improviser torero, héros d’une lutte avec le hasard, l'accident, l'improbable. Ce serait comme faire le choix délibéré de l’orage pour la paix, de l'outrage pour l'étreinte, de l'élision pour la plénitude, pour que le danseur soit épargné d'une dernière estocade.
12 juillet 2009
Israël Galvan : La Edad de oro
09 juillet 2009
Israël Galvan réédition : l'épure....
Comment
parler d’un homme qui s’est « élancé » vers l’Absolu. Surtout si cet homme ne
se veut pas seulement un réformateur de cette exigence-là, mais porte toute la
force de sa conviction, de son obstination à ne jamais pactiser avec autre
chose que cet élan. Pas de compromis théorique ou spirituel possible pour ce
caractère d’aigle qui survole notre terre à haute altitude sans quitter le sol,
l’économisant, économisant ses propres gestes pour nous laisser entrevoir ce
que serait le vrai silence, après l’apocalypse. Chaque geste sculpte dans
l’espace cette volonté d’absolu, la sienne propre qui est celle aussi du flamenco.
Cette grâce, ce don faits à Galvan d’être l’acteur de l’invisible, tout son
langage gestuel en témoigne, dans cette façon de s’exprimer avec l’aisance de
ceux qui savent et ramassent le savoir en une pluie de lumière née du
frottement incisif du pied déchirant l’espace en deux…. Il danse à satiété dans
un dessèchement de plus en plus austère, dans une langue dense et secrète, qui
ne peut-être animée que par un grand amour. Sans cet amour, où trouverait-il la
force primordiale d’aller à l’extrémité de tout mouvement, l’après du
mouvement… Là où il ne passe plus rien, là il nous fait appréhender ce plus
rien. Un corps amoureux en vaut deux dit le poète, qui d’abord vit dans l’éveil
de tous ses sens, au point de ne plus savoir ce qu'il en est de ce corps
"sien". Epuisant le geste dans une intériorisation de plus en
plus intime, le geste de Galvan devient sa propre épure : le stade ultime de la
lithographie des taureaux de Picasso, quand la chair s’amenuise laissant place
au trait, un trait si léger, presque aérien mais qui retient en lui toute la
puissance du taureau, son énergie vitale. L’espace se déchire, là où le
couteau creuse un sillon en feu. Galvan torée sans muleta, métamorphosée en
linceul diaphane de l’entre-deux de l’outre-espace, là où son geste ne peut que
se former… Il faut pour le suivre passer d’un espace l’autre, se confectionner
un corps amoureux.
