18 août 2009
Lucien Suel, "La patience de Mauricette"
"« La patience de Mauricette », mon deuxième
roman aux Editions de La Table Ronde, après « Mort d’un jardinier »,
sera en librairie le 3 septembre 2009. Ce roman a été écrit entre août 2008 et
avril 2009 alors que j’étais en résidence d’écrivain sur le site de
l’Etablissement Public de Santé Mentale d’Armentières - Lille Métropole, au G18,
dans le service de psychiatrie générale dirigé par le Docteur Christian Müller.
L’action principale du roman se déroule à « La
Clinique » du secteur G18 à la fin de l’été 2008, pendant les trois
semaines d’hospitalisation de Mauricette Beaussart, 75 ans.
La narration inclut des retours en arrière sur l’enfance
de l’héroïne et les drames qui l’ont marquée. Entre chaque chapitre du roman, le
lecteur découvre aussi le monologue intérieur de la patiente, une sorte de
journal intime et instantané, un aperçu de sa souffrance
intérieure. D’autres précisions et les premières pages du
livre sont à découvrir sur le blog « Lucien Suel ‘s
Desk » ou sur le site
des Editions de la
Table Ronde.
Vous êtes invités à la présentation, lecture et
signature, qui aura lieu à Armentières sur le site de l’EPSM, à l’occasion de
cette parution nationale, le 3 septembre, entre 12h et 15h, salle polyvalente de
l’EPSM. Précisions et programme de la manifestation sur le site de
l’EPSM et sur celui de
Hôpital
Innovation Culture." Lucien Suel
12 juin 2009
Autour de la notion de non-lieu
12 décembre 2008
A propos de René Char
Cliquez sur le lien : http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article217&PHPSESSID=673a412759ff27c8add3d7babc54b185
Quand Patrice Houzeau parle...
Patrice Houzeau sur son blog Littéraire (dans mes liens) a produit un très beau texte sur le dernier roman Mort d'un jardinier de Lucien Suel récemment publié aux éditions de La Table Ronde. Ce roman, remarquable par sa rythmique, ne pouvait laisser indifférent Patrice Houzeau qui n'hésite pas à parler de syllabe batterie, de phrase batterie qui donnent la pleine mesure de cette rythmique à l'oeuvre qui jamais ne s'essouffle, laquelle va jusqu'à mimer le jeu mémorable du batteur des Rolling Stones :Charlie Watts. Il y est également question de parentés non moins pertinentes et qui rendent le récit de Patrice Houzeau captivant, fait de rebondissements toujours plus saisissants. On sort de récit un peu fiévreux et pressé de lire ce roman qui marquera sans aucun doute cette fin d'année 2008.
05 décembre 2008
Victor Hugo, notre contemporain
On disait Victor Hugo visionnaire, si vous aviez encore un doute, cette fois il est levé, c'est ici.
14 novembre 2008
Tristan Tzara sans ponctuation
Extrait de L'homme approximatif de Tristan
Tzara
I
dimanche lourd couvercle sur le
bouillonnement du sang
hebdomadaire poids accroupi sur ses muscles
tombé à l'intérieur de soi-même retrouvé
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
sonnez cloches sans raison et nous aussi
nous nous réjouirons au bruit des chaînes
que nous ferons sonner en nous avec les cloches
quel est ce langage qui nous fouette nous sursautons dans la lumière
nos nerfs sont des fouets entre les mains du temps
et le doute vient avec une seule aile incolore
se vissant se comprimant s'écrasant en nous
comme le papier froissé de l'emballage défait
cadeau d'un autre âge aux glissements des poissons d'amertume
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
les yeux des fruits nous regardent attentivement
et toutes nos actions sont contrôlées il n'y a rien de caché
l'eau de la rivière a tant lavé son lit
elle emporte les doux fils des regards qui ont traîné
aux pieds des murs dans les bars léché des vies
alléché les faibles lié des tentations tari des extases
creusé au fond des vieilles variantes
et délié les sources des larmes prisonnières
les sources servies aux quotidiens étouffements
les regards qui prennent avec des mains desséchées
le clair produit du jour ou l'ombrageuse apparition
qui donnent la soucieuse richesse du sourire
vissée comme une fleur à la boutonnière du matin
ceux qui demandent le repos ou la volupté
les touchers d'électriques vibrations les sursauts
les aventures le feu la certitude ou l'esclavage
les regards qui ont rampé le long des discrètes tourmentes
usés les pavés des villes et expié maintes bassesses dans les aumônes
se suivent serrés autour des rubans d'eau
et coulent vers les mers en emportant sur leur passage
les humaines ordures et leurs mirages
l'eau de la rivière a tant lavé son lit
que même la lumière glisse sur l'onde lisse
et tombe au fond avec le lourd éclat des pierres
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
les soucis que nous portons avec nous
qui sont nos vêtements intérieurs
que nous mettons tous les matins
que la nuit défait avec des mains de rêve
ornés d'inutiles rébus métalliques
purifiés dans le bain des paysages circulaires
dans les villes préparées au carnage au sacrifice
près des mers aux balayements de perspectives
sur les montagnes aux inquiètes sévérités
dans les villages aux douloureuses nonchalances
la main pesante sur la tête
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
nous partons avec les départs arrivons avec les arrivées
partons avec les arrivées arrivons quand les autres partent
sans raison un peu secs un peu durs sévères
pain nourriture plus de pain qui accompagne
la chanson savoureuse sur la gamme de la langue
les couleurs déposent leur poids et pensent
et pensent ou crient et restent et se nourrissent
de fruits légers comme la fumée planent
qui pense à la chaleur que tisse la parole
autour de son noyau le rêve qu'on appelle nous
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
nous marchons pour échapper au fourmillement des routes
avec un flacon de paysage une maladie une seule
une seule maladie que nous cultivons la mort
je sais que je porte la mélodie en moi et n'en ai pas peur
je porte la mort et si je meurs c'est la mort
qui me portera dans ses bras imperceptibles
fins et légers comme l'odeur de l'herbe maigre
fins et légers comme le départ sans cause
sans amertume sans dettes sans regret sans
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
pourquoi chercher le bout de la chaîne qui nous relie à la chaîne
sonnez cloches sans raison et nous aussi
nous ferons sonner en nous les verres cassés
les monnaies d'argent mêlées aux fausses monnaies
les débris des fêtes éclatées en rire et en tempête
aux portes desquelles pourraient s'ouvrir les gouffres
les tombes d'air les moulins broyant les os arctiques
ces fêtes qui nous portent les têtes au ciel
et crachent sur nos muscles la nuit du plomb fondu
je parle de qui parle qui parle je suis seul
je ne suis qu'un petit bruit j'ai plusieurs bruit en moi
un bruit glacé froissé au carrefour jeté sur le trottoir humide
aux pieds des hommes pressés courant avec leur morts autour de la mort qui
étend ses bras
sur le cadran de l'heure seule vivante au soleil
le souffle obscur de la nuit s'épaissit
et le long des veines chantent les flûtes marines
transposées sur les octaves des couches de diverses existences
les vies se répètent à l'infini jusqu'à la maigreur atomique
et en haut si haut que nous ne pouvons pas voir avec ces vies à côtés que nous
ne voyons pas
l'utltra-violet de tant de voies parallèles
celles qui nous aurions pu prendre
celles par lesquelles nous aurions pu ne pas venir au monde
ou en être déjà partis depuis longtemps si longtemps
qu'on aurait oublié et l'époque et la terre qui nous aurait sucé la chair
sels et métaux liquides limpides au fond des puits
je pense à la chaleur que tisse la parole
autour de son noyau le rêve qu'on appelle nous
25 octobre 2008
Exil en tête de christophe Massé
parution de Exil en Tête / Christophe Massé
Une histoire en quelques traces
de pinceaux pour ceux qui sont sous l'écorce des sentiments et toujours
avec le garçon qui ne pleure pas.
23 octobre 2008
Patrick Voisin : Il faut reconstruire Carthage
Patrick Voisin est professeur de chaire supérieure en khâgne A/L Ulm au Lycée Louis Barthou de Pau, il a écrit récemment : Il faut reconstruire Carthage. Méditerranée plurielle et langues anciennes, chez L'Harmattan, Paris mars 2007.
Sa position, originale (au sens premier du mot), mérite d'être connue et reconnue.Voici la retranscription de l'une des conférences organisée par l'association Philosorbonne et la revue Cause Commune, qui s'est tenue le jeudi 7 juin 2007 à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV).
"Le poète est bien plus « celui qui inspire que celui qui est inspiré », affirme Paul Eluard in Ralentir Travaux,1930.
Or celui qui m’inspire aujourd’hui est représenté sous vos yeux – oui
c’est bien le même ! - dans tous ses états iconographiques connus – ou
presque…
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Il s’agit de Publius Terentius Afer, d’origine berbère, né à Carthage vers 184 ou 194 av. J.-C et mort en mer en 159 (une autre hypothèse le fait mourir d’affliction suite à la perte de ses manuscrits), esclave vendu à Terentius Lucanus puis affranchi par celui-ci (d’où son nom Térence), protégé par les Scipions dans le cadre de leur cercle fameux qui réunissait Scipion Emilien, Laelius et bien d’autres.
Deux vers très connus m’inspirent tout particulièrement pour présenter ce qu’est « reconstruire Carthage » : Homo sum ; humani nil a me alienum puto « Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger » in Héautontimoroumenos v.77 ;Quot homines, tot sententiae « Autant d’hommes, autant d’opinions » in Phormion v.454.Térence, l’Africain, ce descendant des Phéniciens, ce prisonnier de guerre carthaginois, affranchi, puis ami de Scipion Emilien, quel remarquable exemple d’intégration par la culture gréco-romaine et d’humaine liberté !
Que cet exposé se fasse sous l’égide de spécialistes de philosophie me réjouit, car l’esprit de mon livre est bien de décloisonner l’enseignement des langues anciennes, mais je préviens humblement mon auditoire que je ne suis ni pleinement philosophe (c’est une trop lourde responsabilité si l’on pense aux griefs que l’on oppose à Sénèque pour n’avoir jamais pu rendre Néron « sage », ni pleinement anthropologue (même si ma réflexion est contiguë), ni pleinement linguiste (au sens de théoricien en linguistique générale).
Je suis professeur de lettres classiques dans les classes préparatoires littéraires (khâgne A/L Ulm) – grammairien plus précisément (puisque c’est ma spécialité d’agrégation) -, par conséquent modestement philosophe, anthropologue et linguiste pour le besoin de mes cours et dans le cadre de mon otium.
En fait, parce que c’est la voie que prend ma réflexion, je dirai plutôt que je suis professeur de lettres (au sens large – la littérature antique faisant partie des lettres) ou de langues anciennes (quand je travaille en latin et en grec) ou encore – appellation qui entre en vigueur à la rentrée 2007 dans les classes préparatoires littéraires - « professeur de langues et culture de l’Antiquité ».
Les langues anciennes, que l’on appelle volontiers « les langues mortes », sont bien vivantes, sur internet, dans les pays de l’Est, à la télévision finlandaise – au pays des Vikings ! -, dans l’exercice de certaines instances politiques (la Présidence Finlandaise du Conseil de l’Union Européenne), à Yale ou à Princeton aux USA – pays de Samuel Huntington ! Mais dans notre pays comme dans d’autres pays d’Europe aux langues dites romanes elles sont moribondes – ce qui est différent de « mortes », car les langues anciennes sont objectivement mortes en tant que corpus littéraire clos et cela n’a alors rien de péjoratif -, ou en état de survie, sous perfusion, ce qui n’est guère mieux : les effectifs d’élèves et d’étudiants sont là pour le confirmer (sources IGEN / MEN).
Deux sortes de périls existent – ou existaient si l’on veut bien penser que la réforme en cours va permettre de refonder l’enseignement des langues anciennes dans les classes préparatoires (puis au lycée et au collège si l’Inspection des lettres voit ses projets aboutir). Les langues anciennes transportent dans des paysages mythiques et sur des routes magnifiques, mais nos élèves et leurs professeurs sont menacés soit par la paroi – le mur !- (l’acquisition sèche de la langue et la pratique grammaticale coupées des savoirs seuls capables d’émerveiller), soit par le vide – le ravin ! - (le tout-civilisation à partir de textes traduits et avec très peu d’étude de la langue).
Il faut considérer que la langue et la culture sont une seule et même réalité car la culture n’est pas extérieure à la langue, elle est dans la langue. D’où la nécessité de faire de l’enseignement des langues anciennes un ludus, à la fois « école » et « jeu » en latin ! D’où la nécessité d’associer ce que Michel Picard (in La lecture comme jeu, Minuit 1986) appelle le « playing » et le « game » : identification à une figure imaginaire d’une part et mise à distance réflexive et stratégique d’autre part, jeu de rôle et jeu de règles !
Mais, pensez-vous, que veut-il bien dire quand il propose de « reconstruire Carthage »…? Mon essai ne vise pas seulement à proposer une pédagogie moderne des langues anciennes (moderne ne signifiant d’ailleurs pas didactique/didacticienne ; revenons au sens comme pour l’enseignement du français !) pour enrayer la chute des effectifs ou la perte d’intérêt des adolescents à l’égard des langues anciennes ; il entend essentiellement poser pour tous les élèves les bases d’une culture plus ouverte sur leurs racines communes à redécouvrir, au sein de l’Europe et surtout entre les deux rives de la Méditerranée, soit dans un espace que je qualifierai d’euroméditerranéen ; il entend proposer les premiers éléments d’un dialogue partant d’éléments culturels communs propres à rapprocher les êtres, de même que les conditions d’une meilleure compréhension d’autrui et de soi par une expérience de secondarité culturelle. Pour qui la culture classique est-elle encore une évidence aujourd’hui ?
Bref les langues anciennes comme ciment de l’Europe qui ne doit pas être seulement économique et financière mais culturelle, comme ciment de l’intégration pour les jeunes français originaires de l’immigration, car une large partie de l’histoire des langues anciennes est antérieure aux religions qui ont opposé, opposent et s’opposent (christianisme vs islam), dans leurs radicalismes extrémistes du moins – puisque église, temple, synagogue et mosquée ont leur place légitime et à part égale dans une République laïque.
En fait la réflexion que je mène souhaite s’inscrire dans les grandes lignes de la politique de l’Education nationale (Socle commun de connaissances et de compétences et Loi pour l’Egalité des chances), dont l’objectif est de favoriser « une culture humaniste et scientifique permettant l’exercice de la citoyenneté » et s’appuyant sur « les références sur lesquelles notre civilisation s’est construite ». Mais elle se présente également comme une autre manière ou une manière autre d’envisager les problèmes de l’enseignement des langues anciennes et les problèmes de société : il ne s’agit ni de sauver, ni de défendre, ni de préserver… mais de refonder, de reconstruire, de rebâtir ! Il n’y a de place ici ni pour le corporatisme, ni pour les chapelles scientifiques, ni pour les particularismes propres aux associations (même si celles-ci sont nécessaires sur certains plans), car il faut fédérer, décloisonner et mettre en cohérence !
« Reconstruire Carthage » c’est reconstruire notre édifice intellectuel, c’est continuer (ou reprendre) au XXIème siècle le dialogue des cultures et l’ouverture à l’Autre – quelle que soit sa rive -, en prenant comme mire soit la Carthage qui s’épanouit du IIème au IVème siècle, soit le symbole que représente une Carthage moderne accueillant telle conférence de l’UNESCO sur La pédagogie de la tolérance dans le Bassin méditerranéen en 1995.
Il s’agit de retrouver un ancrage fort : la Méditerranée ; il s’agit encore de ne pas resserrer l’histoire de l’Antiquité sur les seules Grèce et Rome anciennes – voire le Vème siècle grec et la République romaine augmentée des Julio-Claudiens -, mais de tenir compte de l’Afrique ; il s’agit enfin de n’abandonner ni l’exercice de la traduction ni la pratique croisée des langues, puisqu’elles contiennent la culture.
Mais cela ne suffit pas encore… Il ne doit pas s’agir de n’importe quelle Méditerranée, mais de la plurielle – synchroniquement et diachroniquement ! Pas de n’importe quelle Afrique, en tout cas pas seulement de celle qu’on appelle « romaine » ! Pas de n’importe quelle traduction mais de celle qui a pour objectif le sens !
A l’arrière-plan de ma réflexion il y a une première source : le travail d’Heinz Wismann et de Pierre Judet de La Combe sur la différence entre langues de culture et langues de service, sur les langues anciennes strate la plus ancienne des langues modernes – monde certes clos et mort mais terreau des langues et cultures modernes - et sur l’impossibilité de séparer langue et contenus culturels, thèmes majeurs de L’Avenir des langues, Paris, 2004. La deuxième source est représentée par la somme des travaux de l’anthropologie méditerranéenne : la méthode comparatiste établie depuis 1959 au-delà des réflexions du XIXème siècle ainsi que de Valéry et des Méditerranéistes ; l’ethnologie française reposant soit sur l’observation du milieu naturel (Fernand Braudel), soit sur l’interpénétration des cultures (Jacques Berque et les Cahiers du Sud vs la Méditerranée gréco-latine de Louis Bertrand et des Algérianistes ou le rejet par Albert Camus de la Méditerranée romaine), soit sur l’unité méditerranéenne dont le substrat commun a été brouillé par l’Histoire (Germaine Tillion) ; en somme une anthropologie ni essentialiste ni culturaliste mais croyant à l’existence d’une tradition méditerranéenne partant de l’Autre proche et semblable.
Y a-t-il une thèse dans Il faut reconstruire Carthage ? Oui ! Je ne nierai pas que cet essai exprime un credo dans les vertus des langues et des cultures de l’Antiquité… mais toutes, pas seulement celles de la Grèce ou de Rome ! Il part d’une volonté de trouver dans les langues anciennes une réponse aux problèmes d’identité, aux crises culturelles et aux tensions sociales, car le latin et le grec dans les banlieues cela se fait et cela marche, comme le montrent depuis deux ans les membres de l’Association Mêtis, http://www.operationmetis.com/index.htm.
Mais cette thèse est soumise à une exigence, celle de la démarche dialogique : faisant entendre tous les discours sur la Méditerranée, même les plus pessimistes, qu’ils soient anciens ou modernes, de la rive Nord ou de la rive Sud ; confrontant l’Afrique romaine vue par les spécialistes français ou européens de l’histoire ancienne et celle des chercheurs du Maghreb (en particulier pour la notion d’Afrique romaine) ; proposant diverses approches de la question des langues et de leur traduction, celles des linguistes européens ou celles des universitaires ou écrivains originaires d’Afrique du Nord.
« Reconstruire Carthage » c’est d‘abord reconstruire la Méditerranée !
C’est partir à la recherche d’une Méditerranée vivante (pas seulement celle des sites, des musées et des bibliothèques) et d’une Méditerranée complète (pas seulement les poches, les enclaves ou les colonies grecques et romaines).
C’est considérer que la Méditerranée est présente dans nos villes modernes du XXIème siècle par les « déductions » nouvelles que sont les banlieues, et que la Méditerranée plurielle est un fait, métissée, comme le montre l’histoire des cultures en synchronie et en diachronie, ou comme l’attestent entre autres exemples les pratiques actuelles liées au vent et à la couvade aux Baléares ou les ressemblances étranges entre amarg berbère et fin’amor courtois au Moyen-Age.
C’est admettre que la Méditerranée antique n’appartient pas qu’à l’Europe chrétienne, mais que les enfants de la rive Sud, par une identité ancienne, sont tout autant chez eux en latin et en grec que les descendants des gallo-romains.
C’est envisager que la Méditerranée a été et est encore conflictuelle, divisée en particulier par les enjeux politiques et économiques, mais également parce qu’elle est riche, diverse, complexe avec son système de différences complémentaires qui lui donne un « air de famille ».
C’est comprendre qu’être méditerranéen c’est avoir la diversité en soi et pouvoir dialoguer en soi comme avec autrui, faire dialoguer le Nord avec le Sud, l’Est avec l’Ouest – et pas seulement le Nord avec l’Ouest et le Sud avec l’Est -, comme l’ont montré Alger, la Sicile et al Andalûs à de multiples reprises dans le passé.
C’est accepter les épreuves qui permettent à « personne » (outis) de devenir « quelqu’un », car la Méditerranée est espace de jonction et non de division, pour éviter l’ambiguïté du mot « partage » !
C’est concevoir comme Yves Lacoste qu’il existe une Méditerranée centrale et deux autres que sont la mer des Caraïbes et la mer de Chine, et qui constituent à elles trois le monde.
C’est ne pas imaginer l’Union Européenne sans la Méditerranée donc sans la rive Sud, même si l’Afrique est un continent différent et que les continents séparent, comme le montre bien aujourd’hui la Turquie, à la fois d’Europe et d’Asie.
C’est ne pas assimiler Euroméditerranée et Occident, sauf si les extrémismes d’Occident et d’Orient s’effacent, car la Méditerranée est berceau premier de l’Occident et de l’Orient en même temps.
C’est concrétiser cet « espace méditerranéen » par des programmes culturels et éducatifs – et pas seulement économico-politiques -, comme le propose Mohammed Arkoun avec un programme Averroès semblable à l’Erasmus, et c’est éviter les mots piégés.
C’est dire Euroméditerranée, et non Euro-méditerranée avec un tiret de séparation plutôt que d’union.
« Reconstruire Carthage » c’est ensuite refonder l’Antiquité !
C’est ne plus considérer l’Antiquité comme des systèmes de valeurs à inculquer ou des idéaux à reproduire, qu’ils soient grecs ou romains, tels l’Homme Grec, la République Romaine, mais comme un corpus dynamique d’expériences humaines qui dialoguent avec nos cultures modernes parce qu’ayant été leur soubassement dans tous les domaines, la notion de « clientèle » n’ayant par exemple jamais disparu de l’ère méditerranéenne.
C’est ouvrir le dossier des échanges entre l’Antiquité et le monde Arabe : transmission de la médecine, de la philosophie et des techniques, existence de syncrétismes religieux.
C’est concevoir que la latinité est archaïque-classique-tardive-et-médiévale, que le monde antique est une aire phénicienne-égyptienne-carthaginoise-gréco-romaine-punico-berbère-judéo-chrétienne-arabo-musulmane ! Qui peut séparer tout cela ?
C’est envisager l’Afrique comme détour pour se détacher des ethnocentrismes monomaniaques ou des autochtonies fermées sur la tribu et le clan, ceux et celles des latinistes et des hellénistes.
C’est ne plus considérer l’Antiquité comme un patrimoine que l’on n’interroge plus et que l’on admire de façon nostalgique donc régressive, mais comme une tradition vivante, complète, entrecroisée que l’on questionne.
C’est faire table rase du problème religieux par une approche laïque : il faut dire la part importante prise par le Christianisme qui a régénéré la littérature latine et la pensée philosophique à partir du IIème siècle ap. J.-C., mais avec une laïcité de méthode, pas de contenus.
C’est – dans le prolongement de la réflexion menée par Marcel Detienne (Les Grecs et nous, Perrin 2005) - refuser la fétichisation de telle culture ancrée dans un sol et préférer rester en mer, mobile, en se contentant d’accoster et de faire escale pour ne pas territorialiser ; dès lors l’Antiquité retrouvera sa plénitude et ne séparera plus latinistes et hellénistes sans aucune part pour des « punicistes » par exemple !
Ce n’est pas étudier l’Afrique sous l’angle de l’histoire romano-africaine ou punico-romaine (encore moins romaine d’Afrique) mais de l’histoire africaine : les realia africaines (cultes, symboles, figures), la littérature africaine en latin (Apulée, Augustin, Aurélius Victor), C’est étudier les liens étroits, linguistiques et culturels, qui ont existé entre les langues majeures, grecque et latine, et les autres, la libyque, la punique, la berbère, pour s’en tenir à l’Afrique du Nord ; c’est recréer la carte linguistique de la Méditerranée antique et ses filiations.
C’est concevoir qu’être romain à Trêves et être romain à Carthage sont deux identités différentes et qu’il est donc possible également d’être africain à Carthage.
L’Antiquité, ainsi considérée, permet de comprendre que l’Afrique comme tout autre lieu du monde antique résulte d’un travail historique d’approfondissement et de rupture ; et l’Afrique peut être une propédeutique moins douloureuse à la redécouverte ou à la relecture du monde antique pour les tribus idéalisant Athènes et Rome – au cas où ne plus parler de « miracle grec » désespérerait Billancourt !
« Reconstruire Carthage » c’est enfin réinventer le palimpseste méditerranéen !
La Méditerranée c’est de l’eau, des hommes, des cultures, mais également des langues porteuses de ces cultures, qui ont fonctionné comme un grand palimpseste et qui ne livrent ces cultures que dans l’acte de traduire, acte qu’il convient de redéfinir comme le logiciel permettant d’accéder aux contenus culturels.
Qu’est-ce que « traduire » (trans-ducere) ?
C’est
tout d’abord écarter l’idée que les élèves peuvent apprendre la culture
antique (expression globalisante ne réduisant pas les cultures de
l’antiquité à une seule mais supposant un feuilletage de celles-ci)
seulement via des textes traduits, sans réflexion sur la langue.
C’est transmettre, faire passer d’une langue dans une autre, de la langue d’Un tel dans celle de tel autre, de celle de l’autre à la sienne propre, d’autrui à soi, geste d’ouverture culturelle, d’intercompréhension, de tolérance et d’affirmation de sa différence en même temps, entraînant connaissance d’autrui et connaissance de soi par réflexivité.
C’est adopter une perspective autre que les perspectives académiques de la version et du thème, exercices universitaires destinés à classer dans les concours, pratique instrumentalisée.
C’est dénouer les langues dans leur isolat et les nouer dans la confrontation, c’est sortir du monologue ou monolinguisme pour pratiquer le dialogue ou plurilinguisme.
C’est, au-delà de l’aspect purement linguistique, passer d’une culture à une autre et non seulement d’une langue à une autre, en prenant conscience de la différence fondamentale qui existe entre d’une part les langues de service servant à la seule communication, instrumentalisées, banalisées, et d’autre part les langues de culture, véritables systèmes sédimentaires : exercice interculturel où la langue travaille la culture et inversement.
Plus important encore, qu’est-ce que traduire des langues anciennes, mortes, plutôt que des langues vivantes ?
C’est
décrisper les rapports humains puisqu’il n’y a plus d’enjeu de pouvoir,
plus d’enjeu identitaire, plus d’enjeu géopolitique ! L’Africain et le
Gallo-romain avaient le même statut grâce à l’Edit de Caracalla, Constitutio antoniniana (212 ap. J.-C.) !
C’est plonger dans une altérité lointaine et sédimentée, se couper vraiment de soi, aller vraiment vers l’autre (en soi ou en autrui), revenir vraiment vers soi enrichi que l’on est alors de l’autre-autrui ou de l’autre en soi.
C’est s’exiler provisoirement pour mieux se réapproprier, c’est cheminer contre ce qui échappe et que l’on croyait proche au nom de l’héritage gréco-romain.
Ce n’est pas acquérir un savoir définitif et confirmer ce que l’on savait déjà, c’est remettre en cause constamment, au prix d’une retraduction incessante, des textes scriptibles (au sens où l’entend Roland Barthes), comme le montrent des linguistes ou écrivains des deux rives tels que Georges Mounin, Heinz Wismann, Assia Djebar, Abdelkébir Khatibi.
Enfin traduire les langues anciennes c’est traduire toutes les langues – et pas seulement la grecque et la latine -, c’est prendre conscience que la Méditerranée a toujours été la plus vaste « grande surface », le plus grand hypermarché des langues, d’agora en forum et en souk, au point que la traduction a toujours été elle-même objet de réflexion, de l’Antiquité à nos jours, sur les textes antiques ou sur le Coran, si l’on se souvient de Cicéron, de l’Ecole de Tolède ou de la Nahda au XIXème siècle.
C’est étudier les liens étroits, linguistiques et culturels, qui ont existé entre les langues majeures, grecque et latine, et les autres, la libyque, la punique, la berbère, pour s’en tenir à l’Afrique du Nord ; c’est recréer la carte linguistique de la Méditerranée antique et ses filiations.
C’est favoriser l’intégration par la démarche comparatiste, grâce à des langues qui ne représentent plus un enjeu dans la géopolitique ou les mentalités contemporaines : travail diachronique de réappropriation d’une culture ancienne diverse et partagée, pour se forger un ancrage culturel non sectaire ; travail synchronique sur le rapport de soi à autrui, pour se forger une identité personnelle libre.
Cette triple « reconstruction de Carthage » nécessite une certaine pédagogie des langues et cultures de l’Antiquité qui ait pour objectif de structurer les esprits par l’expérience de la diversité culturelle, et non de programmer une quelconque uniformisation apte à fabriquer de l’idéologie civilisationnelle.
Les langues anciennes sont à la fois des langues mortes (puisque leur sédimentation est terminée depuis longtemps), des langues étrangères (parce que plongeant les enfants du XXIème siècle dans une complète altérité voire secondarité culturelle, qu’ils soient de la rive Nord chrétienne ou de la rive Sud musulmane), des langues « vivant/qui vivent » plutôt que vivantes (par la pratique de la traduction et des échanges avec d’autres langues, anciennes et/ou modernes, par la réappropriation de cultures enfouies) ; leur étude appelle des méthodes que j’aborde dans le livre et que je ne développerai que très brièvement ici.
Il faut définir des objets d’étude (par exemple les notions-clés liées à l’homme et au monde modernes), il faut travailler dans l’interdisciplinarité (lettres, arts, histoire, archéologie, philosophie, sciences et techniques), il faut distinguer un enseignement pour les futurs spécialistes des langues anciennes et un autre pour les non spécialistes, il faut ouvrir le champ chronologique et géographique du corpus des œuvres et des textes (auteurs d’Afrique et littérature néolatine), il faut vivre avec son temps et développer une deuxième ère Gutenberg à travers la Toile, il faut amplifier les échanges entre rive Nord et rive Sud autour de notre monde ancien commun par un e Twinning euroméditerranéen à créer !
Je pense avoir fait le tour des grandes lignes qui structurent Il faut reconstruire Carthage. Que représente donc pour moi ce livre à présent ? Je le lis et le relis – en lecteur distinct de l’auteur, en professeur de littérature -, comme un essai, selon les définitions modernes que l’on donne de ce genre et qui ne le réduisent ni à une simple prose d’idées ni à la pratique de celui que Roland Barthes appelle « l’écrivant ». Au-delà de sa valeur didactique il contient en effet de l’épique : cano mare nostrum… depuis Tanger où se mélangent la Méditerranée et l’Océan sous le contrôle de Poséidon et des tempêtes qu’il peut déchaîner ; il contient du dramatique par le dialogisme constant qui est entretenu par le croisement des voix sur la scène de l’écriture, équilibre de showing et de telling ; il contient du lyrique quand il évoque la Méditerranée de Marin Sorescu, d’Albert Camus et de Paul Valéry ; il contient enfin, bien entendu, ce qui est sa marque dominante, du démonstratif, au double sens du verbe latin demonstro (j’explique, j’expose, je décris) et du verbe français « je démontre » (je prouve la valeur de…), sur la Méditerranée, l’Afrique antique, la traduction. Bref il se refuse aux classements, comme tout essai à la croisée des savoirs et des genres ; il a d’ailleurs été publié dans la série Eclectique de la Collection KUBABA…, « éclectique » comme antonyme de « sectaire » (Petit Robert 1) !
Des révisions fructueuses – et non déchirantes - sont nécessaires : parler d’Humanités « modernes » au lieu de « classiques », oser enseigner « les langues et cultures de l’antiquité » et plus seulement « les lettres classiques » ; est-ce parce que je suis agrégé de grammaire et non de lettres classiques que cela m’est plus facile, par une sorte de distance préservant d’une affectivité aveugle ? Soyons lucides : notre monde a été « classique », il ne l’est plus, il doit en aller de même des Humanités et des lettres, appelées à être de leur temps, avec le passé comme avenir anostalgique.
Le double enjeu de cette reconstruction est euroméditerranéen et mondial tout à la fois ! Dans une perspective euroméditerranéenne d’abord, c’est la construction d’une identicité plurielle (celle d’un identique partagé et d’un identique à soi-même en parfaite harmonie l’un avec l’autre) refusant l’identitaire (qu’il soit d’Occident ou d’Orient), dialectique de l’idem et de l’ipse. Dans une perspective mondiale ensuite, c’est la construction de la Méditerranée en tant que civilisation à l’échelle du monde face à la globalisation et à la mondialisation menées par l’extrême-occidentalisme ; la Méditerranée ne serait-elle pas immunisée contre le choc des cultures par la mithridatisation que représentent des siècles de convivance entre Orient et Occident ? A condition d’entretenir celle-ci, et c’est la mission des Humanités modernes.
L’encre de la Méditerranée est dans ses langues léguées par les manuscrits ; or cette encre est bien l’ancre la plus solide pour l’avenir de l’Euroméditerranée et celui du monde. Il y a là un fonds commun que nous devons nous réapproprier ensemble ; lui seul permettra de réduire les fractures et – par le fait de notre reconnaissance (tout à la fois recognition et gratitude) -, de rendre leur fierté légitime à des peuples dont non seulement la géographie nous rapproche, mais bien plus encore des sources fraternelles et un présent que nous partageons ! Le dialogue des cultures commence sur ce seuil ; ne surtout point le heurter en le franchissant !"
09 octobre 2008
René Char
56-57-58-59
56 "Le poème est ascension furieuse;
la poésie, le jeu des berges arides"
57 "La source est roc et la langue est
tranchée"
58 "Parole, orage, glace et sang
finiront par former un givre commun"
59 "Si l'homme parfois ne fermait pas souverainement les yeux, il finirait
par ne plus plus voir ce qui vaut d'être regardé"
R. Char, Feuillets
d'Hypnos, Fureur et mystère.
28 septembre 2008
autour de L'art de la tache
Alexander Cozens
(1717-1786)
mercredi 23 octobre 2002.
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Si l'article de M. Zerner donnait déjà quelque lumière sur un praticien des arts tombé dans l'oubli, nous disposons aujourd'hui, à son sujet, grâce à Jean-Claude Lebensztejn, d'une somme énorme de renseignements, d'informations et de prolongements inattendus en amont et en aval. Sous le titre général de L'Art de la tache, ce dernier a donné, en effet, aux éditions du Limon, l'intégralité du texte de Cozens, A New Method…, imprimé à Londres pour l'auteur en 1785, suivi de sa traduction littérale en français et précédé d'une longue et passionnante introduction abordant, de manière simple et érudite, les théories de l'imitation en art, de l'invention et de la création, de l'Antiquité au XVIIIe siècle et, de là, jusqu'à nos jours, à partir de l'origine naturelle de l'art. Pour Cozens, en tous cas, la cause était entendue : « On perd trop de temps à copier les ouvrages d'autrui… et l'on passe trop de temps à copier les paysages de la nature elle-même. » Et pour inventer du nouveau, suite à sa propre expérience et aux leçons de Léonard de Vinci, qu'il dit avoir lues sur le tard, il proposait de s'en remettre pour le peintre aux taches faites par hasard, sur le papier ou sur la toile, « qui inclinent à élargir les pouvoirs de l'imagination… ouvrir l'esprit et le mettre sur la voie de pensées neuves ».
« Une tache artificielle suggérera, disait-il, différentes idées à différentes personnes… un seul et même dessinateur pouvant aussi faire des dessins différents d'après la même tache… » : ici, on est déjà tout près des tests de Rorschach (1884-1922). D'ailleurs, dit-il, avant de livrer des conseils techniques, « la pratique du tachage peut aider même le génie ; et là où le génie est latent, elle aide à le produire au jour ». Et l'on se trouve alors du côté de chez Hugo, de Max Ernst ou de Matta.
Grâce à Jean-Claude Lebensztejn, nous voyons mieux les enjeux d'un problème qui déborde d'avance la mise artistique puisqu'il opère sur la place de l'homme dans le monde, entre le hasard et la nécessité. La philosophie des Lumières, le Romantisme puis le Surréalisme se sont repassé la question avant d'arriver comme lui à se demander comment le même rapport à la nature, la même fascination de l'origine produisent à la fois, au XVIIIe siècle par exemple, Vignon et Boullée, Bernardin de Saint-Pierre et le Marquis de Sade, l'art académique et les taches de Cozens. Mais, comme tous ceux que rien n'arrête, « la plus grande audace de Cozens ne fut pas de faire des taches : ce fut de les publier et d'en faire la théorie ». William Beckford, qui fut son élève, puis son ami, décrit ainsi Cozens, au manoir de Fonthill : « Il est ici très heureux, très solitaire et presque aussi plein de systèmes que l'Univers. » Cozens, en effet, proposait sa « Nouvelle Méthode… » non comme un art de mieux dessiner, mais comme un remède systématique, et par là renouvelable à volonté, aux défauts de l'œil, aux maladresses de la main et à l'imagination défaillante.
Depuis, l'automatisme et la poésie ont pris le relais, mais Alexander Cozens en est, sans contredit, l'initiateur, même involontaire, celui qui donne enfin le signal du départ, après les « Assez vu… Assez eu… Assez connu… », que déplorait plus tard Rimbaud, avant de se lancer, lui aussi, sur les terrains de « l'affection et des bruit neufs ».
Alexander Cozens, L'Art de la tache,
présentation de Jean-Claude Lebensztejn, éditions du Limon.






