Porte sur le toit

arts, critiques, monographies, présentation d'artistes, événements culturels...

11 juillet 2009

histoire du passé

On voudrait vraiment enjamber ce qui s'est fait avec nous, en nous, malgré nous, effacer ce qui s'est écrit avec nous, en nous, malgré nous. Mais d'une ancienne détresse, il n'est pas aisé de se séparer. Comme d'une ancienne maîtresse. S'il s'agissait d'un simple incident, cela serait réglé en trois mot : "c'est du passé". Mais ce qui nous est resté "en travers", "n'est pas bien passé", autant dire "n'est pas passé du tout" est cela qui condamne notre futur. Bien plus que le présent perpétuel d'un passé sans avenir, cela s'appelle le désespoir. La morsure d'un passé qui mord sur l'avenir. Si seulement on pouvait faire le black out, imposer un embargo sur cela qui nous obsède et hypothèque notre existence, rompre tout bonnement et simplement, ce serait fait. Parce que rompre est un fait, c'est même le prototype du fait : quelque chose que l'on veut et que l'on subit, toujours foncièrement les deux ensemble. Vraiment le vouloir ou le vouloir vraiment. Car vouloir est faire ou n'est rien. Et comme le dit le philosophe la volonté est le pouvoir même de pouvoir, autrement dit le pouvoir de faire. Mais vouloir ne se décrète pas ; un mot, un geste ne suffisent pas à donner congé à un passé par trop encombrant. La seule réponse qui vient à l'esprit est de travailler à construire un autre présent, ce qui, on le sait, ne se fait pas en un jour, ni du jour au lendemain. Changer le présent, c'est ce que fait la révolution qui va jusqu'à créer un nouveau calendrier : symbole par excellence de sa "victoire" sur le passé, qui consomme une rupture longuement préparée, résultat d'un "travail", du travail naturel de l'Histoire. La révolution est bien le dernier acte d'un coup de théâtre dont il faut chercher les prémisses loin dans le temps. 1789 se prépare et est en route depuis l'arrivée en Europe de l'or sud américain qui installe le capitalisme avec les premières manufactures. La société change de visage par le travail et le travail de son histoire. Et il faut là encore remonter à loin... Grotius, Pufendorf, précurseurs des Lumières mettent la dernière main au système républicain. Sans ce minutieux programme d'un nouveau régime, la révolution de 89 n'eût été qu'une unième révolte ou Jacquerie qui secouait l'ancien...On ne rompt avec le passé que si l'on a un présent de rechange. Faire la révolution serait alors : en finir avec le cauchemar de l'histoire. Mais il est à se demander si au-delà de son aspect spectaculaire et tenant compte de sa maturation, celle-ci ne serait pas purement et simplement une péripétie. Rupture donc mais dans la continuité, rupture comme summum du continuum. Révolution : rupture après coup d'un grand spectacle qui se prépare discrètement depuis longtemps. Dans la passion amoureuse comme dans l'histoire, la rupture est presque toujours théâtrale, coup de théâtre qui entend fermer le théâtre ou baisser définitivement le rideau. Cependant ce rituel laisse sceptique sur son pouvoir d'inhumer sur ce qu'elle voudrait vraiment enterrer. Ainsi de la folie dionysiaque qui ne rompt jamais vraiment avec la mesure d'Apollon. On le sait, l'histoire nous le montre : la terreur extermine au nom même de la rigueur. C'est à se demander si la révolution qui prétend démolir toutes les traditions n'est pas le moment archi traditionnel de la création.

Pendant des millénaires le temps fut pur sortir, espace sortant. On ne peut pourtant pas nier cette ardeur ou fureur de celui qui voudrait mettre un terme à un passé qu'il s'est représenté comme malheureux, tourmenté, infernal. Tout travail sur le passé qu'il s'appelle analyse ou psychanalyse tente de faire remonter l'individu jusqu'à l'origine, de reconstituer la préhistoire de soi, la protohistoire de chacun ; tout cela qui forme le passif d'une passé interdit : chose souvent indicible et qui fait le lit des secrets de familles. Alors comment rompre ce silence qui pèse comme une chape de plomb sur le passé, comment réactiver ce dont l'enfance n'a pu que pâtir et dont elle a perdu jusqu'au souvenir et dont notre mémoire d'adulte a fait quelque chose de méconnaissable? Comment rompre avec cela qui plus rien de mémorable sauf à interroger l'extravagance des rêves qui en sont les vestiges ou reliques, fragments ou débris...Comment donc rompre avec un passé s'il n'a jamais été aucun présent?

à suivre...

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06 juillet 2009

Pensées fragmentaires...

Quand l'improbable se produit, advient, qu'il prend la "place" du possible, réactive tout un champ des possibles, ce qu'il suscite en moi, c'est une réflexion sur la nuance... L'improbable devient certain lorsque nous laissons notre esprit jouer librement dans toutes les gammes de nuances, quart de tons, aventure du subtile, souci du presque rien...La moindre nuance, la plus modeste, a pouvoir de décentrer en même temps qu'elle déconcerte. En ce qu'elle modère et module elle est le pouvoir même de la tempérance : ce qui échappe à tout discours, à tout topos. Si subtile qu'elle passe inaperçue, si précise qu'elle conduit à la plus fine des singularités. Elle nous donne un avant-goût des choses, une sorte de pré-saveur, une atmosphère comme le dit exactement son étymologie :  nuages et nuées. La nuance nous transporte dans les nues et/ou nous en fait tomber. Sa finesse lui fait dire en la bouche de l'actrice : "est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère?"

Le moindre accent, la plus discrète ponctuation, le petit mot en plus ou en moins, altèrent ou changent le sens du tout au tout. "Tout du moins" dit la nuance. Lisez bien : "je pense, je suis" : tout tient dans cette virgule qui fait vaciller et trébucher l'esprit. Que signale cette virgule, qu'implique-t-elle? Des pages ont été noircies, et combien d'heures passées sur cette phrase décisive de l'histoire d'un certain mode de pensée?

Art de la tempérance et de la mesure, elle n'en est pas moins art de la critique quand dans sa précision elle exerce une censure contre l'oubli, contre la négligence, et opère par là comme un rappel à l'ordre.Courtoise et impérieuse, sa discrétion signe sa souveraineté.

La nuance se joue sur un écart infime, sur une différence apparemment négligeable, capable pourtant d'un grand bouleversement. Ainsi en est-il de l'euphémisme qui enfonce le clou sans avoir l'air d'y toucher. Ainsi en est-il de l'ironie qui renverse et choque le principe d'équivalence entre la cause et l'effet. Son effet est tel que quelque chose s'inquiète : la profondeur dans ce qui nous paraît d'abord superficiel, plus profond même que nos principes et antérieur même à nos axiomes.

La nuance serait alors comme une sorte d'égratignure, d'éraflure qui jamais ne va jusqu'à la fissure.

En tant qu'elle provoque un changement si profond, elle nous conduit à penser que sa nature est mixte, voire hybride, à cheval entre essence et existence. Ni essentielle ni existentielle, elle serait plus exactement un accident essentiel : quelque chose qui serait préexistant aux couples essence/existence, substance/accident. Elle serait donc on ne peut plus archaïque et actuelle. Elle serait ce petit rien qui portant éveillé et réveille tout un fond antérieur à la distinction d'un fond et d'une forme, mettant à l'épreuve le principe de raison suffisante.

Dans le champ du discours et du sens, elle ne consiste pas tant dans la présence/absence d'un petit signe que dans le ton ou l'accent du discours. La nuance ne se laisse pas juger mais évaluer.

 

@suivre

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01 juillet 2009

Le signe... Lévi-Strauss

Les objets ne parlent pas d’eux-mêmes, ils ne racontent pas.

Dès le milieu des années 1940, Claude Lévi-Strauss manifeste sa volonté d'interpréter la vie des sociétés et des cultures en termes de logique inconsciente, il élabore une méthode, à la fois analytique et explicative, dite structurale. Ces formes inconscientes sont déterminantes du fait qu’elles opèrent comme un langage (donc structuré) et proposent un mode de lecture, voire une fabrication du monde. Son intérêt pour les anthropologies américaine et anglo-saxonne le porte à populariser en France cette discipline qui acquit, avec lui, un statut de plein droit. Il s’est donc agi dès sa prise de fonction au collège de France de rapprocher les ethnologues, alors isolés dans leurs  « provincialismes » (ou domaines de compétences géographiques particuliers : africanismes, américanismes,…), en les dotant d’un même langage qui devait leur permettre de se référer à même corps théorique, et par là de pouvoir communiquer les uns avec les autres. Sa méthode structurale est née de cette volonté d’unifier les champs de sciences sociales en mettant en évidence un problème liminaire commun à chacune en se fondant sur la nature des données. Pour Lévi-Strauss, l’unité des pratiques culturelles (le langage, les rites, les mythes,…) n’est pas une réalité observable, et ne peut en ce sens faire l’objet d’une expérience. Le signe n’est pas quelque chose de mesurable. Sa nature est double : à la fois essentielle et accidentelle. Et c’est cette « variation » ou « variabilité » qu’il lui paraît opportun d’appréhender dans et à travers les pratiques culturelles : variabilité des manières de parler une « même » langue, variabilité des langues elles-mêmes. Cette variabilité repose le problème de l’identité du signe auquel la linguistique, représentée par  son prédécesseur, Ferdinand Saussure, s’était heurtée. Si en effet tout change, il devient impossible de conserver un « noyau » minimal, donc impossible de séparer l'accidentel de l'essentiel. La méthode structurale vise à la fois à poser et à résoudre deux problèmes corrélés : le premier concerne la détermination des signes eux-mêmes, de ce qui se dit, et non pas l'interprétation de signes observés ; le second relève que l'identité de ce qui se dit est telle que sa répétition entraîne, à plus ou moins court terme, sa variation. Au sens linguistique, la structure n'est pas réductible à un système de règles formelles, ou à une syntaxe : c'est un système construit par la définition réciproque de deux systèmes de différences.. Une structure au sens logique de système formel pourrait être ce que Chomsky a dégagé dans ses Structures syntaxiques. Mais précisément, Chomsky n'est pas structuraliste, si l'on veut bien entendre par là le mouvement problématique expansif qui est passé de la linguistique à l'anthropologie, et de l'anthropologie à l'ensemble de la culture. Cette centralité du concept de différence et de « biplanéité » est d'une importance considérable, trop souvent sous-estimée par les philosophes qui se rapportent à un concept de structure qui ne correspond pas à celui qui ressort de la pratique même des analyses structurales, préférant aller chercher généralement ailleurs que chez les auteurs « structuralistes » eux-mêmes la définition du concept de structure [2]. Pourtant, autour de cette question du signe, un savoir positif et une réflexion philosophique se rencontrent. Ainsi, dans une note manuscrite sur les légendes - plusieurs fois citée par Lévi-Strauss lui-même [L.S., 1968 : 259 ; L.S., 1983 : chap. X] - Saussure écrit : « Il est vrai qu'en allant au fond des choses on s'aperçoit dans ce domaine, comme dans le domaine parent de la linguistique, que toutes les incongruités de la pensée proviennent d'une insuffisante réflexion sur ce qu'est l'identité ou les caractères de l'identité lorsqu'il s'agit d'un être inexistant comme le mot ou la personne mythique ou une lettre de l'alphabet, qui ne sont que différentes formes du SIGNE, au sens philosophique, mal aperçu il est vrai de la philosophie elle-même » [Saussure, 2003 : 387]. Ainsi, une clarification philosophique est nécessaire pour sortir des apories dans lesquelles piétine la pensée linguistique, et cette clarification conduira à reconnaître que les problèmes aussi bien méthodologiques que philosophiques que pose la linguistique sont en réalité communs à un ensemble d'autres phénomènes. La sémiologie ne se définit donc pas par l'hypothèse que ses objets ont une fonction commune, celle de signifier quelque chose, mais par la mise en évidence que leur nature, leur « mode d'être », fait qu'ils ne peuvent se répéter sans varier. La note continuait ainsi : « L'individu graphique et de même en général l'individu sémiologique n'aura pas comme l'individu organique un moyen de prouver qu'il est resté le même parce qu'il repose depuis la base sur une association libre. Comme on le voit, au fond l'incapacité à maintenir une identité certaine ne doit pas être mise sur le compte des effets du Temps - c'est là l'erreur remarquable de ceux qui s'occupent de signes -, mais est déposée d'avance dans la constitution même de l'être que l'on choie et observe comme un organisme alors qu'il n'est que le fantôme obtenu par la combinaison fuyante de deux ou trois idées. Tout est affaire de définition. (…) il faudrait bien en venir à voir, de proche en proche, quelle est la nature fondamentale de ces êtres sur lesquels raisonne en général la mythographie. ». [Saussure, 2003 : 387]. C'est que le véritable problème de Saussure n'est pas de retrouver des identités de langue sous la variété des manières de parler, mais bien de comprendre pourquoi, à force de parler une langue, on finit par en parler une autre. L'exégèse saussurienne a suffisamment établi désormais que le problème de Saussure est de réaliser une « épistémologie de la grammaire comparée » [Bouquet, 1997 ; Fehr, 2000 ; Utacker, 2002]. On peut dire les choses très simplement. Le fait mis en évidence par la grammaire comparée, lorsqu'elle a montré que des langues apparemment aussi différentes que le latin, le gothique et le sanskrit, ont toutes été originellement la « même » langue, est qu'à force de parler une langue, on finit par en parler une autre. « Le français, disait Saussure dans ses conférences inaugurales à l'Université de Genève, ne vient pas du latin, il est le latin » [Saussure, 2002 : 152]… C'est cette découverte que la répétition des signes linguistiques entraîne leur transformation qui a conduit Saussure, pour ainsi dire rétroactivement, à montrer que l'identité synchronique elle-même n'est pas garantie. Pour n'avoir pas compris, du fait même de la présentation que les éditeurs ont donné du Cours, que le problème de Saussure découlait d'une épistémologie de la grammaire comparée, ses héritiers ont aussi oublié un des aspects les plus riches de la réponse : que cette variabilité tenait au mode même de détermination du signe, autrement dit que le concept de système de valeurs servait à penser la logique de ce qui est susceptible de varier [3]. Or, pour Saussure, il s'agit précisément d'encourager la philosophie à prendre la mesure des découvertes positives de la grammaire comparée, lorsqu'elle montre qu'on peut reconstruire une langue à partir de ses expressions dialectales divergentes : « Ce sera la réaction capitale du langage sur la théorie des signes, ce sera l'horizon à jamais ouvert, que de lui avoir appris et révélé tout un côté nouveau du signe, à savoir que celui-ci ne commence à être réellement connu que quand on a vu qu'il est une chose non seulement transmissible, mais de sa nature destiné à être transmis, 2, voué à se modifier. » [Saussure, 2002 : 220]. Cette « généralisation » philosophique permet à la fois de redéfinir la méthode comparatiste et d'étendre son champ d'application à d'autres domaines : les faits de folklore, les mythes, les légendes, les habitudes vestimentaires, etc.. On peut donc tenir cette variabilité intrinsèque comme une propriété qui définit l'objet des « sciences de la culture » [cf. Rastier et Bouquet, 2003]. C'est d'ailleurs - curieusement, on l'a rarement noté - la définition même de la sémiologie : « science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale » [1972 : 33] - autrement dit science des manières dont les signes se cessent de se transformer au fur et à mesure qu'ils sont utilisés ou qu'ils « circulent ». Concluons donc que l'élaboration par Saussure de ce qui deviendra la méthode structurale visait à la fois à poser et à résoudre deux problèmes corrélés : le premier concerne la détermination des signes eux-mêmes, de ce qui se dit, et non pas l'interprétation de signes donnés par ailleurs ; le second relève que l'identité de ce qui se dit est telle que sa répétition entraîne, à plus ou moins court terme, sa variation.

Bibliographie associée :

Herméneutiques : conversation, entretien, récit et ethnotexte"


 

 

Champs bibliographiques de référence

 

Bibliographie I : méthodes en Sociologie

 

ARBORIO A.M. & FOURNIER P., L'enquête et ses méthodes : l’observation directe, Paris, Nathan, 1999, 128 p.

BEAUD Stéphane & WEBER Florence, Guide de l’enquête de terrain, Paris, La Décou­ver­te, 2003, 356 p.

BERGER Peter & LUCKMANN Thomas, La construction sociale de la réalité (1986), Paris A. Colin, 1997, 296 p.

BERTHELOT Jean-Michel, L’intelligence du social, le pluralisme explicatif en sociologie, Paris, P.U.F., Coll. Sociologie d’aujourd’hui, 1990, 256 p.

BIZEUL Daniel, "Le récit des conditions d’enquête : exploiter l’information en connais­san­ce de cause", Revue Française de Sociologie, 1990, XXXIX, 4, pp. 768-769.

BLANCHET A. & GOTMAN A., L’enquête et ses méthodes : l’entretien, Paris, Nathan, 1992, 128 p.

BLIN Thierry, Phénoménologie et sociologie compréhensive : sur Alfred Schütz, Paris, l’Harmattan, 2000, 155 p.

BOUDON Raymond, La logique du social. Introduction à l’analyse sociologique, Paris, Ed. Hachette, 1979, 334 p.

BOUDON R., Les méthodes en sociologie, Paris, Puf, Que sais-je?, 1998, 128 p.

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BOURDIEU P., Questions de sociologie, Paris, Minuit, 1980, 271 p.

BOURDIEU P., Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques, Paris, Arthème Fayard, 1982, 247 p.

BOURDIEU P., "Comprendre", in La Misère du monde, Paris, Seuil, 1993, pp. 1389-1447.

BOURDIEU P, Raisons pratiques. Sur la théorie de l’action, Paris, Seuil, 1994, 255 p.

CEFAÏ Daniel, L’enquête de terrain, Paris, La Découverte, 2003, 615 p.

CEFAÏ D., Phénoménologie et sciences sociales : Alfred Schütz, naissance d’une an­thro­­pologie philosophique, Genève, Droz, 1998, 328 p.

CORCUFF Philippe, Les nouvelles sociologies. La réalité sociale en construction, Paris, Nathan, 1995, 128 p.

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DUBET François, Sociologie de l’expérience, Paris, Seuil, 1994, 279 p.

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FERREOL Gilles, Rapport à autrui et personne citoyenne, Paris, Presses Universitaires du Septentrion, 2002, 312 p.

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GRAWITZ Madeleine, Méthodes en sciences sociales, Paris, Dalloz, 1993, 926 p.

MARMOZ Louis, L’Entretien de recherche dans les sciences sociales et humaines : la pla­ce du secret, Paris, l’Harmattan, 2001, 253 p.

MERTON Robert King, Eléments de théorie et de méthode sociologique (1949), Paris, A. Colin, 2001, 384 p.

MILLS Charles Wright, L’imagination sociologique, Paris, La Découverte, 1997, 230 p.

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QUIVY Raymond & VAN CAMPENHOUDT Luc, Manuel de recherche en sciences so­cia­les (1ère éd. 1988), Paris, Dunod, 1995, 275 p.

SCHÜTZ Alfred, Le chercheur et le quotidien, Paris, Méridiens Klincksieck, 1987.

SCHWARTZ Oswald, "L’empirisme irréductible", in N. Anderson, Le Hobo. Sociologie du sans-abri, Paris, Nathan, 1993.

SINGLY François de. L’enquête et ses méthodes : le questionnaire, Paris, Nathan, 1992, 128 p.

STRAUSS Anselm, La trame de la négociation. Sociologie qualitative et interactionnisme (texte réunis par I. Baszanger), Paris, L’Harmattan, 1992, 319 p.

WEBER Max, Economie et société, 1. Les catégories de la sociologie, Paris, Pocket, 2003, 410 p.

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Bibliographie II : méthodes en Anthropologie

 

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AFFERGAN Francis & alii, Construire le savoir anthropologique, Paris, P.U.F., coll. Ethnologies-controverses, 1999, 149 p.

BERTHOUD Gérald, Vers une anthropologie générale. Modernité et altérité, Genève, Droz, 1992, 296 p.

BOURDIEU Pierre, Le sens pratique, Paris, Minuit, 1981, 480 p.

CLASTRES Pierre, La société contre l’état, Paris, Minuit, 1974.

CRESWELL R. & GODELIER M. Outils d’enquête et d’analyse anthropologiques. Paris, 1976, 290 p.

DEVEREUX Georges, De l’angoisse à la méthode dans les sciences du comportement (1ère éd. 1967), Paris, Flammarion, 1980, 475 p.

DESCOLA Philippe & alii, Les idées de l’anthropologie, Paris, A. Colin, 1988, 208 p.

DEVEREUX Georges, De l’angoisse à la méthode dans les sciences du comportement (1ère éd. 1967, trad. française 1980), Paris, Aubier Montaigne, 1998, 474 p.

DOUGLAS Mary, Implicit meanings : Essays in anthropology, London, Routledge & Kea­gan, 1975.

FAVRET-SAADA Jeanne, Les mots, la mort, les sorts, Paris, Gallimard, 1977.

FAVRET-SAADA J., "Etre affecté", Gradhiva, 1990, 8, pp. 3-9.

GEERTZ Clifford, "Jeux d’enfer. Notes sur le combat de coqs balinais", in Bali. Interpré­ta­tion d’une culture, Paris, Gallimard, 1983, pp. 162-215.

GEERTZ C., Ici et là-bas. L’Anthropologue comme auteur, Paris, Métailié, 1996, 160 p.

KILANI Mondher, Introduction à l’anthropologie, Lausanne, Payot, 1992, 371 p.

KILANI M., L’invention de l’autre. Essais sur le discours anthropologique, Lausanne, Payot, 1994, 320 p.

LABURTHE-TOLRA Philippe & WARNIER Jean-Pierre, Ethnologie, Anthropologie (1ère éd. 1993), Paris, P.U.F. Quadrige, 2003, 448 p.

LAPLANTINE François, Clefs pour l’anthropologie, Paris, Seghers, 1987, 224 p.

LAPLANTINE F., La description ethnographique, Paris, Nathan, 1996, 128 p.

LEIRIS Michel, L’Afrique fantôme, Paris, Gallimard, 1934.

LEVI STRAUSS Claude, Tristes tropiques, Paris, Plon, 1955.

LEVI STRAUSS C., Anthropologie structurale, Paris, Plon, 1958.

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LOURAU René. Le journal de recherche. Matériaux pour une théorie de l’implication, Paris, Méridiens Klincksieck, 1988, 256 p.

MALINOWSKI Bronislaw, Les Argonautes du Pacifique occidental (1ère éd. 1922), Paris, Gallimard, 1963, 606 p.

MALINOWSKI B., Journal d’ethnographe, trad. par Tina Jolas, Paris, Seuil, 1985, 307 p. (1ère éd. par Valetta Malinowska, A Diary in the strict Sense of the Term, London, 1967).

NEAPELS M., “Une inquiétante étrangeté. Remarques sur la situation ethnographique“, L’Homme, 1996, 148, pp. 90-197.

OLIVIER DE SARDAN J.-P., “La politique du terrain”, Enquête, 1, 1995, pp. 71-112.

OLIVIER DE SARDAN J.-P., “L’enquête de terrain socio-anthropologique”, Enquête, 8, 2001, pp. 63-81 ; suivie d’une discussion, pp. 83-105.

PETONNET Colette, On est tous dans le brouillard (1ère éd. 1983). Préface André Leroi-Gourhan, Paris, Ed. du C.T.H.S., 2002, 395 p.

RABINOW Paul, Ethnologue au Maroc, réflexion sur une enquête de terrain, 1988,

RUPP-EISENREICH B., Histoires de l’anthropologie, Paris, Méridiens Klincksieck, 1984.

SPERBER Dan, Le savoir des anthropologues, Paris, Hermann, 1982, 146 p.

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Bibliographie III : méthodes en Linguistique et en Sémiologie

 

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BENVENISTE Emile, . Le vocabulaire des institutions indo-européennes (1969) : 1. Eco-nomie, parenté, société; 2. Pouvoir, droit, religion. Paris, éd. de Minuit, 1980-81, II vol. 376-340 p.

BOUVIER Jean-Claude & alii, Tradition orale et identité culturelle. Problèmes et métho­des, Paris, éd. du CNRS, 1980, 136 p.

BOUVIER J.-C., "La notion d’ethnotexte", in Les voies de la parole, Aix-en-Proven­ce, Université de Provence, 1992, pp. 12-22.

BREMOND Claude, Logique du récit, Paris, Seuil, 1973.

CASSIRER, Ernst. La philosophie des formes symboliques (Yale, 1953-57) : 1. Le langa-ge; 2. La pensée mythique; 3. La phénoménologie de la connaissance. Paris, Ed. de Minuit, 1972, III Vol., 358-344-614 p.

CICOUREL Aaron V. La sociologie cognitive, Paris, P.U.F., 1979.

COHEN B., DE FORNEL M. & QUÉRÉ L. ed. Les formes de la conversation, Paris, Cent, Réseaux, 1990-91, II vol., 282-293 p.

DUCROT Oswald. Dire et ne pas dire. Principes de sémantique linguistique. Paris, Her-mann, 1972, 283 p.

DUCROT Oswald & TODOROV Tzvetan. Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage. Paris, Seuil, 1972, 475 p.

FOUCAULT Michel. Les mots et les choses, Paris, Gallimard, 1966.

GREIMAS Algirdas Julien. “Réflexions sur les objets ethno-sémiotiques”, in Actes du 1er Congrès d’ethnologie européenne, Paris, Maisonneuve & Larose, 1973, pp. 63-72.

GREIMAS A.-J. Sémiotique et sciences sociales, Paris, Seuil, 1976, 221 p.

GREIMAS A.-J., Introduction à l’analyse du discours en sciences sociales, Pa­­ris, Hachet­te, 1985, 254 p.

HUSTON Nancy. Dire & interdire. Eléments de jurologie. Paris, Payot, 1980, 192 p.

JAKOBSON Roman, Nouveaux essais de linguistique générale (1964), Paris, Seuil, 1976.

JOUTARD Philippe, Ces voix qui nous viennent du passé, Paris, Hachette, 1983, 269 p.

KERBRAT-ORECCHIONI Catherine, L’Enonciation. De la subjectivité dans le langage, Paris, A. Colin, 1980, 290 p.

KERBRAT-ORECCHIONI C., Les interactions verbales, Paris, A. Colin, 1990, III vol.

KERBRAT-ORECCHIONI C., La conversation, Paris, Seuil poche mémo, 1996, 92 p.

KERBRAT-ORECCHIONI C., L’implicite, Paris, A. Colin, 1998, 404 p.

LAFONT Robert, Le travail et la langue, Paris, Flammarion, 1978, 302 p.

LALANDE André. Vocabulaire technique et critique de la philosophie (1ère éd. 1926), Paris, Puf, 2002, 1325 p.

LADMIRAL Jean-René & LIPIANSKY Edmond-Marc, La communication inter-culturelle, Paris, A. Colin, 1989, 320 p.

LOURAU René, Le journal de recherche, Paris, Méridiens Klincksieck, 1988, pp. 34-54 (B. Malinowski), et pp. 143-152 (J. Favret).

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PAULME Denise. La mère dévorante : essai sur la morphologie des contes africains, Pa-ris, Gallimard, 1976, 321 p.

PIKE Kenneth L., Language in Relation to an Unified Theory of the Structure of Human Behavior, Glendale, Summer Institute of Linguistics, 1954.

POTTIER Richard. Anthropologie du mythe, Paris, Kimé, 1994, 240 p.

PROPP Vladimir. Morphologie du conte (1965). Paris, Seuil, 1973, 256 p.

QUINE Willard Van Orman, Le mot et la chose (1ère éd. 1960), Paris, Flammarion, 1979.

QUINE Willard Van Orman, "Les deux dogmes de l’empirisme" (1ère éd. 1953), in Jacob P., De Vienne à Cambridge, Paris, Gallimard, 1980.

RICOEUR Paul, De l’interprétation. Essai sur Freud, Paris, Seuil, 1965, 585 p.

TARDE Gabriel de, "La conversation", Extraits de L’Opinion et la foule, Paris, Alcan, 1901, pp. VI-VII, 82-90 et 93-94 ; revue Sociétés, 14, 1987, pp. 3-5.

TODOROV Tzvetan. Théories du symbole. Paris, Seuil, 1977, 285 p.

TODOROV T. Mikhaïl Bakhtine, le principe dialogique. Paris, Seuil, 1981.

VYGOTSKI Lev, Pensée et langage (1ère éd. 1934), Paris, La Dispute, 1997, 541 p.

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14 mai 2009

Les images nous regardent

Des images se posent comme des papillons de nuit dans mon esprit, contre mon esprit qui ne cherche pas à les attraper. Au réveil, elles sont encore là, et se sont articulées d'elles-mêmes, semble-t-il, en récits, en fables au devenir souvent improbable. Pourtant leur présence assidue nous impose de les regarder obliquement, de biais ou en coulisse... Et comme le dit Didi-Huberman dans Image malgré tout, rien de ce qui est inimaginable n'interdit d'imaginer, et que tout ce qui se voit, s'entend, se lit ne peut manquer de nous habiter et d'organiser un «être-là» que le savoir ne peut nier, dans la mesure où ce savoir pressent que l'irrationnel et le hors-lieu, hors-champ sont aussi de son domaine. Tout ce que nous "prèlevons-relevons"  sur la toile, la feuille ou tout autre support fait de nous des espèces de cartographes du réel ; cette action de prélever puis de déposer (des pigments par exemple sur un support) est déjà en soi un acte de conversion énigmatique dont le résultat peut se nommer trace, tache, fragment, indice... lesquels modifient notre perception. (à suivre)

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08 avril 2009

Char : La foudre du poème IV

"... ne pas perdre un instant essentiel, de rendre sa valeur, en toute hâte, au prodige qu'est la la vie humaine dans sa relativité", voilà ce que nous dit Char dans La recherche de la base au sommet. C'est déjà supposer un incroyable discernement, et faire que cet "instant" soit vécu avec ce souci obsédant et intrépide d'être "sauvé". Ailleurs, Char dit "...la foi commune se défait. Mais restent la vertu de l'action consommée, la parenté fulgurante de quelques hommes, et ce baume de l'essor que rien n'altère." Est-ce à dire que lorsque "la baleine blanche s'éloigne", surgissent d'on ne sait où ces "alliés substantiels" et "loyaux adversaires" :"parenté fulgurante entre quelques hommes". C'est à cet instant-même où les choses reculent qu'il faut saisir l'instant, dans sa fulgurance, pour "lui rendre sa valeur". Quel homme est capable de tel prodige? A cela Char répond : celui qui " donne plus qu'il ne peut reprendre", celui qui "à coups de serrements de gorge...facilita la parole". L'homme parle, sa parole est brève, son inconfort immense.

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29 janvier 2009

HIstoire d'ombre part.I

Sans la lumière, les ombres ne parleraient pas. Mais la lumière n'est pas donnée, et dans l'écrit l'homme sans doute sera-t-il encore pour longtemps en tâche et en charge d'attiser la grisaille de ses mots si, croyant les user il persévère à leur donner un éclat nouveau. C'est précisément du côté de cette grisaille qu'il faut porter ses efforts ; on le sait le chemin n'est pas fait de la seule allégresse, mais on peut au mieux espérer que sur le terrain de la pesanteur que l'on parcourt en tâtonnant, là alors peut-être nous pourrons déterrer le grain d'une neuve innocence. L’allégorie de la caverne nous est communément présentée pour expliquer une théorie de la connaissance. Cependant cette histoire se situe dans la République, le feu a été allumé pour déformer la lecture des choses, et dénoncer le jeu malhonnête des sophistes. L'allégorie de la caverne reprend un contenu archaïque qu’est cette croyance dans la malfaisance des ombres. De leur supposée fausseté, la culture occidentale a développé une méfiance pour ces ombres menaçantes sensées nous égarer de la lumière du soleil. Cette croyance primitive nous renvoie à une communauté de destin entre le corps et son ombre pour justifier la projection dans l’au-delà. L'ombre des morts prolonge celle des vivants... Le reflet est l’image fidèle de la représentation. Il est ce qu’on voit. Le reflet nous ressemble, l’ombre ne dessine que le contour de notre corps. L’ombre est un plein inconsistant et non un vide dense, le reflet est fidèle à l’image qu’il renvoie : il est la réplique du réel. L’ombre est plus indépendante, qui nous suit derrière, inquiétante ; on ne commande pas à son ombre, à son contour. Dans un dicton dont je ne saurai dire l’origine, il est dit que l’on ne doit pas laisser traîner son ombre n’importe où. Chez Dante, L’ombre nous survit dans l’au-delà :  elle est ce qui garde le souvenir du corps.  Comprenons : la mort secrète l'ombre du corps. Dans l'ancienne Egypte, on se rappelle que l'ombre est protectrice, que la lumière relève du divin et que cette lumière est tellement aiguë qu’on se brûlerait les yeux : Dieu se voile pour se manifester, couvert par son ombre : protégé et protecteur? Le désir qui n’étreint que de l’ombre, me fait penser à la tragique expérience d’Ulysse qui descend aux enfers pensant y retrouver sa mère, il n'y rencontre que son ombre. Cette rencontre avec l'ombre est vécue comme effroyable. Il faut donc remonter au moins à Homère pour  que l'ombre se charge de négativité.

 

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14 décembre 2008

Par-dessus tout soupçon, la poésie n’est-elle pas ce plus pur, ce plus juste langage qui enfin autorise les choses à dire leurs mots, laisse l’être créer son verbe. La poésie n’est-elle pas ce qui renonce précisément à l’ambition de tout discours. On voudrait tellement croire à cette prodigieuse gratuité d’un verbe auquel l’être ferait don de sa présence que nous ne pouvons pas ne pas suspecter derrière cette machine à produire tant de métaphores,  l’artifice de la plus subtile technologie, le désir effréné d’aller partout, de parcourir en tous sens à la vitesse du son métaphorein dans un univers qui ne serait que mots. 

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12 décembre 2008

Réponse à PP Lemoqueur et à Christiane

Reproduction imprimée de Montagne Sainte-Victoire

Cézanne occupe une position charnière dans l'histoire de la peinture, et en ce sens il est le premier, oui, le premier à accomplir la représentation de l'espace dans le plan. Aucun autre peintre n'avait peint plus "à plat", c'est-à-dire sur le seul plan de la toile et rien que ce plan même, refusant tout prestige par lesquels d'autres artistes si habiles à "rendre" l'espace n'ont réalisé que de l'architecture en couleur. Mais en même temps qu'il révoque tout artifice ou faux-semblant, Cézanne nous fait appréhender la spatialisation archaïque de la perception. Cela nous fait l'effet d'un arrachement ou d'un refoulement des choses lorsque s'écrasant sur l'oeil, les choses commencent à s'éloigner. Concrètement: cette manière de peindre sur le seul plan, par petite touche brossée, nous donne l'impression que ces visions de L'Estaque ou de la montagne bleue se dressent telle une mer verticale, un "toit" peu tranquille, contrairement à celui du poète, toute plate et debout sur le plan de la toile, brossée d'un seul bleu pâle : surface tendue, désert rigide comme d'un métal mat, dont le dépouillement accuse un incroyable ascétisme. De là peut-être proviennent ces sensations d'ennui, car on devine combien il fut laborieux pour le peintre de peindre ainsi touche par touche, pour gagner toute la surface de la toile.

D'autre part, débarrassé de la perspective entendue comme espace préexistant aux choses, on ne peut que reconnaître que Cézanne déforme, voire abîme la forme des objets. D'où ces tensions diffuses entre les choses qui se disputent leur site et font que l'oeil du spectateur n'a plus d'entrée libre, il ne sait plus comment se véhiculer dans la toile. La lecture en devient difficile. L'oeil a besoin de direction de lecture sous peine de se détacher, et du détachement à l'ennui... Précisément, chez Cézanne, l'écart entre les choses n'est pas encore fixé (d'où cette impression de flottement évoqué dans les commentaires du précédent post) et de fait leur distance par rapport au regard n'est pas décidée (d'où également ce sentiment étrange d'extériorité pourtant toute intérieure : à la fois hors et en nous, l'espace, les choses et l'oeil semblent endogènes, se produisant les uns les autres dans une sorte d'immanence. D'où vient peut-être encore une fois, notre malaise, et ce sentiment d'étrangeté.

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04 décembre 2008

PIcasso et l'infante

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Du portrait de l'infante de Vélasquez à l'édification de 48 variations réalisées par Picasso dans un huis clos qui durera plus d'un an, le chemin qui s'accomplit est celui d'une rêverie incisive qui ne souffre aucune erreur : se défaire de l'accessoire pour que ne demeure que l'essentiel, se défaire de l'éphémère pour que ne résonne que le permanent, la permanence dans et à travers la mouvance : l'activité visible du temps. L'expression du visage est là intact avec ce bleu audacieux pour souligner la rondeur du visage. La robe s'alourdit, la gravité se condense en quelques traits sobres, et se termine en parallélogramme. où le motif est tout simplement supprimé. L'oeil droit plus ouvert de l'infante de Vélasquez trouve également sa retranscription. La peau lisse en apparence de l'infante espagnole en appelle une autre, ce visage sans accident se lit de face de profil sans que la lecture n'en soit altérée. L'absence d'expression qui est "installée" sur la partie gauche de son visage, serait-ce la marque de l'intemporel? L'épaisseur plastique a-t-elle remplacé la profondeur historique. De la base au sommet, ce qui est recherché par Picasso, c'est ce point d'équilibre entre le signe plastique et la structure première, on a jeté ici tout supplément de paraître : de la robe, les contours subsistent comme une constante morphologique, la corporéïté a été ramenée au plan, à la seule surface. L'on a conservé quelques plis, de larges bandes qui rythment la métaphore d'un vêtement qui n'a plus qu'un sens strictement plastique.

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13 novembre 2008

Qu'est-ce que ce fameux génie?

On insiste ici et là sur le fameux cannibalisme de Picasso. Serait-ce la marque de son génie, de tout génie qui d'abord se traduit par un énorme appétit, une incroyable faculté d'absorber et de digérer les choses. La notion de génie est récente, elle remonte au XIXème siècle qui voit naître "en conséquence" une pléiade de génies. Inutile d'en dresser la liste, elle serait longue et là n'est pas le propos. Quel serait alors l'authentique génie? Non pas celui d'une fantaisie mais ce qui relèverait davantage d'une exigence de vérité quand justement l'imagination surmonte l'infantile besoin de créer, ce qu'au fond elle ne sait même pas copier... Contrairement aux idées reçues, le génie travaille studieusement, laborieusement à l'image des choses telles qu'elles sont et s'efforce d'atteindre la plus juste image des choses, sans vouloir faire pour autant tout un monde d'images ou l'image d'un monde. Picasso l'avait bien compris : il y a d'une part les choses, de l'autre les images qui jamais ne se confondent.

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