Fati, fable, dire l'ineffable ou comment instaurer confiance

S'il m'en souvient, je me suis longemps battue avec le paradoxe selon lequel le langage n'était jamais plus utile que lorsque justement il ne servait à rien, ne visait ni ne concevait rien de ce que nous désignons comme la réalité. Parler quand le langage excède l'usage d'un corps, et qu'à se montrer superflu ne serait-ce pas l'indispensable décence par quoi l'homme se distingue, le seul capable à envelopper son inscience... Le soupçon pèse sur les rhéteurs, les sophistes ou les dialecticiens qui sont tout autant de beaux parleurs dont Socrate reconnaît et dénonce le réel talent qui consiste non pas à abuser comme on pourrait le croire mais à inspirer la confiance.

Ces derniers se délectent à créer de charmants discours dont il est difficile de ne pas être captifs. Homère n'a pas ignoré la question qui lui a inspiré le fameux épisode du chant des sirènes. Le paradoxe est que nous sommes tous pris en flagrant délit de vouloir créer un climat de confiance. Chose pourtant si impalpable et également seule capable d'instaurer un dialogue avec l'autre puisqu'il nous faut "saisir" son attention. Le franco latin éclaire assez bien cette idée avec ces deux mots fati et fable. Ainsi fabuler se serait se montrer ipso facto affable afin que se commence un langage qui, comme la confiance, est quelque chose d'ineffable.

La confiance s'instaure ou pas entre deux locuteurs, qui ne sont pas encore des interlocuteurs, mais celle-ci ne se décrète pas. Elle est l'intime, la solitaire épreuve d'une entière société...dès son installation, elle règne partout et nulle part; elle enveloppe et rallie à l'autre. Elle procure la sensation d'une atmosphère dont l'harmonie est aussi transparente qu'inassignable.