Peintre et sculpteur de notoriété, enseignant à l'institut supérieur des beaux-arts de Tunis et président de l'Union des Artistes plasticiens Tunisiens, Mongi Maâtoug est, aujourd’hui, l’un des acteurs principaux et l’une des figures phares de la scène des arts plastiques dans notre pays.



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On note dans la peinture de Mongi Maâtoug un « état de forces complexe », qui joue dynamiquement comme une synthèse disjonctive. Le corps se démultiplie, le même devenant pur geste pictural qui nous fait dire : où commence le corps et où finit-il ? Il se contracte, se dilate, sort de soi, pour devenir plage de couleur. Le corps se montre en sa respiration entre diastole et systole. Les aplats monochromes, travaillés par mouvement amples et incisifs, rapides agitent les figures de convulsions. Le geste cependant ne va jamais jusqu’à une dissolution ou une disparition du corps mais participe de la disjonction rythmique de ces corps pris dans une sorte de mouvement disloquant, nerveux. Dans cet océan immatériel la matérialité d’une partie des corps est palpable. On serait enclin à parler ici de logique de la sensation telle que Deleuze a pu en parler s’agissant du grand Francis Bacon ?
Pour le dire autrement, le corps tel qu’il nous est présenté n’est pas identifiable d’abord, il faut le reconstituer par l’œil, il oblige à une aventure du regard. Ces corps-là n’ont pas d’histoire, on ne saurait les dater, ils relèvent davantage d’un processus d’ontogenèse. Des couleurs souvent douces que le peintre affectionne tels le rose, l’orangé et qui ont pour fonction d’introduire du calme dans le bouillonnement de la gestualité. La lumière provient souvent de ces réserves de blancs conservés de la toile. Ces corps sans organes, bien loin de terrifier comme pourrait le faire les écorchés sont baignés et dilués dans une unité monochromatique. Un étirement, une extension, le corps se défait, le visage aussi. Pourtant à aucun moment on ne se sent précipiter dans le chaos. Bien sûr, il y a ce flux intense qui traverse chacune des toiles, un influx nerveux qui anime chaque toile : celui-là même de l’acte de peindre. Nous sommes bien au-delà de la simple opposition entre figuration et abstraction, cette manière de peindre propre à Mongi Maâtoug renouvelle tout en la rejouant la fameuse logique de la sensation qui se résume dans la formule selon laquelle la peinture capture des forces invisibles.
Avec cette peinture d’une grande intensité, Mongi Maâtoug nous introduit à la figuralité. Ce terme doit se comprendre tout d'abord dans son rapport au concept de figure et comme une protestation contre la compréhension unilatéralement figurative de celle-ci : la peinture ne s’inspire d’aucun modèle et n’est nullement narrative. Dès lors elle a comme deux voies possibles pour échapper au figuratif : vers la forme pure, par abstraction ; ou bien vers le pur figural, par extraction ou isolation. Le figural ne peut pas se dire mais seulement se montrer. Il est ici l’expression d'une réalité en excès, en débordement sur l'ordre discursif et intelligible.


La constellation, l'océan du hasard se donnent à voir dans le cheminement gestuel, dans leur flottement même, comme dans les blancs et les espacements. De sorte que s'ouvre dans les toiles de Mongi Maâtoug un étonnant « espace figural » : le signifié se trouvant au plus près du signifiant pictural, ainsi la relation affectant par là-même la signification censée s'en extraire.