09 juillet 2009
Pointe sèche
Pointe
curvée sur une mèche de cheveux
séche
et souple ondulant sur la plaque
des
sillons aux doigts de charrue
plante
le décor du visage à venir
un
miroir en regard répond à l'intrus
trait
par trait l'insousciance au sourire
ensoleille
une feuille griffée entre deux feux
l'oeil
grave fouille chaque détail le plus vague
où
pourtant se concentre le signe du génie
qui
retranscrit à la vitesse de la glace
son
portrait juvénile sur du cuivre verni
Israël Galvan réédition : l'épure....
Comment
parler d’un homme qui s’est « élancé » vers l’Absolu. Surtout si cet homme ne
se veut pas seulement un réformateur de cette exigence-là, mais porte toute la
force de sa conviction, de son obstination à ne jamais pactiser avec autre
chose que cet élan. Pas de compromis théorique ou spirituel possible pour ce
caractère d’aigle qui survole notre terre à haute altitude sans quitter le sol,
l’économisant, économisant ses propres gestes pour nous laisser entrevoir ce
que serait le vrai silence, après l’apocalypse. Chaque geste sculpte dans
l’espace cette volonté d’absolu, la sienne propre qui est celle aussi du flamenco.
Cette grâce, ce don faits à Galvan d’être l’acteur de l’invisible, tout son
langage gestuel en témoigne, dans cette façon de s’exprimer avec l’aisance de
ceux qui savent et ramassent le savoir en une pluie de lumière née du
frottement incisif du pied déchirant l’espace en deux…. Il danse à satiété dans
un dessèchement de plus en plus austère, dans une langue dense et secrète, qui
ne peut-être animée que par un grand amour. Sans cet amour, où trouverait-il la
force primordiale d’aller à l’extrémité de tout mouvement, l’après du
mouvement… Là où il ne passe plus rien, là il nous fait appréhender ce plus
rien. Un corps amoureux en vaut deux dit le poète, qui d’abord vit dans l’éveil
de tous ses sens, au point de ne plus savoir ce qu'il en est de ce corps
"sien". Epuisant le geste dans une intériorisation de plus en
plus intime, le geste de Galvan devient sa propre épure : le stade ultime de la
lithographie des taureaux de Picasso, quand la chair s’amenuise laissant place
au trait, un trait si léger, presque aérien mais qui retient en lui toute la
puissance du taureau, son énergie vitale. L’espace se déchire, là où le
couteau creuse un sillon en feu. Galvan torée sans muleta, métamorphosée en
linceul diaphane de l’entre-deux de l’outre-espace, là où son geste ne peut que
se former… Il faut pour le suivre passer d’un espace l’autre, se confectionner
un corps amoureux.
Kandinsky : une caresse des couleurs
Quel village est cela auquel mon souffle
s’accroche quel village aux toits roses aux fenêtres pudiques quel souffle
dont les mouvements s'enlacent comme des bras jusqu’à l’obscur des prairies
remontant là où le presque se mêle à la chose vois les rondeurs
le vent de la main les crée sable de l'esprit qui s’étend sur le tableau passe à travers les collines vois le passage d’un bord à l’autre du jaune ou bleu du rose au gris vois combien de caresses scellées à la roche il faudra déployer sur la peau de tes souvenirs pour peindre ce village
En écho au texte de P.P. sur le corps... dansant
Se tenir droit dans l'humilité du corps et
lui demander dans la seconde qui suit
l'impossible
tension
où les muscles se tordent
où le corps n'est plus que crampe
creusant le sol sous la poésie des pieds
sous la ponctuation intrépide des bras
jetés par dessus bord par dessus corps
la tête renversée renversante
retenue par une queue de cheval
balayant poussières et étoiles
d'un coup sec
claquement d'un fouet
qu'on entend venir de ce cou
aux frêles vertèbres
et lui demander dans la seconde qui suit
de se reprendre et de se ressaisir
dans une toute nouvelle respiration...
